Rijal (masculin) et nissa (féminin)
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Cet article explore le concept de rajul (رَجُل) dans le Coran à travers ses racines linguistiques, ses occurrences et sa portée spirituelle. Le pluriel Rijālāan (رِجَالًۭا) est souvent traduit par « hommes », mais cette traduction ne reflète pas pleinement sa densité coranique. Les rijāl désignent des entités conscientes et actives, investies d’une fonction spirituelle : vigilance, préservation et ancrage du dhikr (rappel d’Allāh). Leur rôle dépasse le genre biologique pour se situer dans une dimension fonctionnelle et spirituelle, où ils agissent comme porteurs et vecteurs de la mémoire divine.
La racine ر – ج – ل (r-j-l) est fondamentalement liée au fait de marcher, de se tenir debout avec constance, mais aussi de structurer. Dans le champ coranique, elle désigne non seulement la station debout de l’Homme, mais aussi la capacité d’un être à avancer avec fermeté et à garder une direction stable dans un cheminement. Le rajul est donc celui qui se tient droit, qui chemine dans la voie.
A travers plusieurs versets du Coran, cet article analyse les fonctions métaphysiques des rijal:
- Racine et définition du rajul : exploration du sens linguistique
- Le dikhr et le rang élevé auprès de Dieu de celui qui le détient Sourate 38:1-11
- Les Rijāl sont dans la pureté et la lumière du rappel divin Sourate 24:36–37
- Intermédiaires entre les niveaux de réalité Sourate 7:46
- Ils peuvent être aussi jinn (72:6)
- Les rijal porteur du message divin Sourate Al-Anbya (21:7)
Racine arabe : ر ج ل (r-j-l)
- Sens fondamental : lié à la marche, le fait d’avancer (mettre un pied devant l’autre)
Dérivés principaux :
- rijl (رِجْل) : coup de pied / jambe
- rajul (رَجُل) : homme (celui qui marche)
- rijāl (رِجَال) : hommes (pluriel de "rajul")
Ces mots sont tous dérivés de la même racine
- Champ sémantique de " Rijāl (رِجَال) " dans le Coran ;
Dans le texte coranique, le mot "rijāl" dépasse la simple désignation biologique ("hommes") pour marquer :
- La maturité et la capacité à porter, transmettre ou incarner activement la mémoire divine.
- Une posture verticale (debout), consciente et structurante du rappel.
Leurs caractéristiques se révèlent être des agents aptes à recevoir directement la vibration originelle du Verbe divin (Coran, signes, wahy - révélation). Ils exercent un rôle d’impulsion et ils sont les agents de passage du seuil : intermédiaire dynamique entre le plan caché et l’inscription consciente.
Le Coran utilise le mot رِجَال Rijal pour désigner des êtres qui se tiennent « Dans des maisons qu’Allah a permis que l’on élève et où Son nom est mentionné qui Le glorifient matin et soir, des رِجَال Rijal que ni négoce ni vente ne distraient du rappel (dhikr) de Dieu (24:36–37) .
Les rijals se situent sur al-A'raf ; les hauteurs au dessus du hijab dans le verset Sourate 7:46 où le « hijab » est un mur / barrière entre les gens de l’enfer et du paradis et ils les reconnaissent chacun par leurs signes… » soulignant leur capacité de clairvoyance et de seuil. Le rajul est donc l’intermédiaire autorisé capable de discerner le nar (le feu) du jannah (jardin divin)
Les رِجَال Rijal peuvent être jinn 72:6 - "Or, il y avait parmi les humains, des Riajls / mâles qui cherchaient protection auprès des رِجَال Rijal /mâles parmi les djinns mais cela ne fit qu'accroître leur détresse." ( le jinn : créatures faites de feu sans fumée Sourate Ar-Rahman (55:15)) .
Le verset 21.7 souligne la capacité des رِجَال Rijal à intercepter des révélations ( نُّوحِىٓ إِلَيْهِمْ Nūĥī 'Ilayhim) et que Dieu n'envoie que des رِجَال Rijal porteurs du ذِكْر (dhikr - rappel divin) "Nous n'avons envoyé avant toi que des رِجَال Rijal à qui Nous faisions des révélations ( نُّوحِىٓ إِلَيْهِمْ Nūĥī 'Ilayhim). Demandez donc à la famille du Rappel ( أَهْلَ ٱلذِّكْرِ 'Ahla Adh-Dhikri), si vous ne savez pas"
Dans les versets 36-37 Sourate An-Nūr (24), les Rijāl (رِجَال) sont des individus - serviteurs spirituels purifiés, qui portent le rappel divin ; le ذِكْر (dhikr) signifie : rappel, souvenir, mention, invocation du divin, peut-être aussi le Coran lui-même, les signes divins (les ayats), il s’agit du rappel purifié, vibration originelle du Verbe divin désignant la Parole révélée d’Allāh (waḥy), vivante et agissante, qui n’est pas un simple texte mais une manifestation de l’ordre créateur dans la matière.
Selon sa racine le mot "Rijāl (رِجَال)" peut être compris comme le porteur structurant sur l’axe vertical (station debout) du "ذِكْر (dhikr)", dans cette perspective le terme prend toute sa dimension vivante et universelle : il désigne davantage une fonction de portage, d’actualisation et de transmission, qui concerne tout être ayant intégré, incarné et manifesté la mémoire du Verbe divin.
Ainsi la fonction de Rijāl (رِجَال) englobe la notion de "ذِكْر (dhikr)" la mémoire du verbe créateur et si "Rijāl (رِجَال)" est réduit à une catégorie sociale ou biologique, le "ذِكْر (dhikr)" devient privilège, transmis de façon figée ou exclusive aux hommes biologiques or toute affirmation d'exclusivité du "ذِكْر (dhikr)" par les hommes biologiques n'est pas scripturairement fondée dans le Coran, qui insiste au contraire sur la dimension universelle et ouverte de la mémoire divine dans plusieurs versets qui incluent hommes et femmes dans le rappel divin et permet de voir dans ces figures coraniques des dhākrīn Allāh kathīran wa-dhākirāt (33:35) ; ceux et celles qui multiplient le souvenir de Dieu, montrant universalisme du rapport au rappel divin.
Le terme ذِكْر (dhikr) prend toute son ampleur dans le sens étymologique de ses dérivés ;
- Le terme dhākir (ذاكر) : celui qui se rappelle, qui se souvient, qui mentionne souligne la fonction centrale du rappel du message.
- Et le terme dakhar ذَكَرَ (mâle) révèle que les deux sens ذِكْر (dhikr) et dakhar (ذَكَرَ ) sont intimement liés par leur racine, et c’est justement en terme de portée universelle et métaphysique des mots qu’il faudrait entendre les mots arabes du Coran.
Le terme dakhar ذَكَرَ (mâle) indique une polarité active, émissive, qui extériorise et projette la mémoire divine dans le monde. Le masculin (dhakar) n’est donc pas seulement une catégorie biologique mais une fonction archétypale polaire du semeur du rappel : celui qui porte, transmet et active le rappel.
- cette polarité se manifeste par la capacité à ancrer, transmettre et résonner avec la Parole.
- spirituellement, elle traduit l’élan qui fait passer le dhikr (mémoire divine) du ghayb (non-manifesté) vers l’espace manifeste.
Notions sur le ذِكْر (dhikr) Sourate 38:8-11:
La compréhension de la fonction des "Rijāl (رِجَال) " porteurs du ذِكْر (dhikr) oriente directement la notion de rappel et les versets de la Sourate Ṣād (38:8-11) décrivent les caractéristiques fondamentales du Coran (Al-Qur'āni) porteur du rappel divin ذ-ك-ر (dh-k-r), en soulignant que ce rappel ne se réduit pas à une récitation liturgique, mais constitue une voie d’ascension intérieure.
Sourate 38:8-11
Arabe
8 أَأُنزِلَ عَلَيْهِ الذِّكْرُ مِن بَيْنِنَا ۚ بَلْ هُمْ فِي شَكٍّ مِّن ذِكْرِي ۖ بَل لَّمَّا يَذُوقُوا عَذَابِ
9أَمْ عِندَهُمْ خَزَائِنُ رَحْمَةِ رَبِّكَ الْعَزِيزِ الْوَهَّابِ
10أَمْ لَهُم مُّلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَمَا بَيْنَهُمَا ۖ فَلْيَرْتَقُوا فِي الْأَسْبَابِ
11جُندٌ مَّا هُنَالِكَ مَهْزُومٌ مِّنَ الْأَحْزَابِ
Phonétique :
8 A-unzila ʿalayhi al-dhikru min bayninā bal hum fī shakk(in) min dhikrī bal lammā yadhūqū ʿadhāb(i)
9 Am ʿindahum khazā’inu raḥmati rabbika al-ʿazīzi al-wahhāb(i)
10 Am lahum mulku al-samāwāti wa-l-arḍi wa-mā baynahumā fa-l-yartaqū fī al-asbāb(i)
11 Jundun mā hunālika mahzūmun mina al-aḥzāb(i)
Traduction française
8 « Pourquoi le Rappel lui aurait-il été révélé à lui, parmi nous ? » Au contraire, ils doutent de Mon Rappel, et ils n’ont pas encore goûté à Mon châtiment.
9 Ou bien détiennent-ils les trésors de la miséricorde de ton Seigneur, le Tout-Puissant, le Dispensateur ?
10 Ou bien possèdent-ils le royaume des cieux et de la terre et de ce qui est entre eux ? Qu’ils montent donc par les voies d’accès !
11 Une armée de coalisés qui, ici-même, sera mise en déroute !
Rappel du contexte des versets ;
Les premiers versets révèlent que le Coran est le support du dhikr, et les versets insistent sur sa portée universelle.
Les dénégateurs s’opposent au dhikr et à l’avertisseur (mundhir), formant ainsi des groupes alliés contre le rappel (38:11).
Le texte souligne une continuité logique : le rejet du dhikr conduit à la formation de coalitions contre le rappel, entraînant inévitablement leur mise en déroute.
Analyse versets 38.8-11
Les versets 8 à 11 de la Sourate 38, détaillent magnifiquement le dhikr du Coran qui se révèle comme une véritable alchimie intérieure :
- Le verset 38:8 souligne deux caractéristiques essentielles du dhikr :
« Pourquoi le Rappel lui aurait-il été révélé à lui, parmi nous ? Au contraire, ils doutent de Mon Rappel (dikhr), et ils n’ont pas encore goûté à Mon châtiment / épreuve»
- il ne se dévoile pas à ceux qui le refusent, restant ainsi caché au yeux des profanes, incapables de percevoir la dimension sacrée du Rappel
- il se révèle après l'épreuve divine autrement dit "l'épreuve" est une étape de l'accès au dikhr.
- Le verset 38:9 rappelle que les trésors de la guidance et du dhikr, c’est-à-dire les richesses contenues dans le Coran, ne sont détenus que par la miséricorde du Rabb, et non par les hommes. Cela rejoint le verset 55:2, « عَلَّمَ الْقُرْآنَ » (Il a enseigné le Coran), qui souligne que le Coran n’est pas simplement un livre, mais le Verbe divin révélé directement par الرَّحْمَنُ Ar-Raḥmān - Le Tout Miséricordieux (55.2)
« Les trésors de la miséricorde de ton Seigneur, le Tout-Puissant, ( الرَّحْمَنُ Ar-Raḥmān) le Dispensateur » révèle que le dhikr est la présence d’un trésor caché, inaccessible à ceux qui doutent, montrant son côté alchimique, situé entre le visible et l’invisible où la perception profane des coeurs scellés agit comme un voile rabattu sur la présence divine. Ces trésors sont comparables à des trésors latents dans la conscience et dans le temps. Et par le dhikr, le doute et l’obscurité sont transmutés en conscience active par la permission de الرَّحْمَنُ Ar-Raḥmān (la miséricorde divine).
- Le verset 38:10, « Le royaume des cieux et de la terre et de ce qui est entre eux », décrit le laboratoire cosmique où cette alchimie s’opère et sa méthode « monter par les voies d’accès, de cheminement ou les branches » illustre que le dhikr n’est pas seulement résonance et transmutation, mais voie d’élévation, il trace des voies d’accès aux sphères supérieures, faisant du dhikr du Coran une pratique dynamique reliant verticalement à l’ordre céleste, et permettant de gravir les niveaux d'élévation vers le sacré.
- Enfin, le verset 38:11 met en évidence que toute alliance ou coalition avec des forces autres que الرَّحْمَنُ Ar-Raḥmān constitue un désordre entropique. Les entités impliquées, éloignées du rappel divin, ne peuvent contrer la résonance sacrée. Même unies, elles restent incapables de bloquer l’effet du rappel divin, qui agit sur un plan supérieur, dissolvant les oppositions et maintenant l’ordre divin.
Ainsi, le dhikr se manifeste comme une résonance alchimique et spirituelle, un processus d’ascension et de transformation intérieure qui dévoile l’invisible, relie le profane au sacré où les trésors divins deviennent perceptibles.
En définitive, le dhikr est à la fois épreuve et voie d'ascension : il peut être rejeté par ceux qui s’enferment dans le doute, mais sa fonction reste intrinsèquement liée à ( الرَّحْمَنُ Ar-Raḥmān) la miséricorde divine et à la souveraineté divine. Ce n’est pas un simple rappel intellectuel : c’est une transmutation intérieure, un vecteur qui transforme le doute en conscience et révèle les trésors sacrés à celui dont le cœur est réceptif.
Le verset 33:23 de la sourate Al-Aḥzāb ouvre une perspective centrale sur la notion d’engagement (ʿahd) et de fidélité distinguant parmi les croyants des rijāl qui se tiennent fidèles à l’ʿahd — l’alliance conclue avec Allāh. Leur singularité tient à la force intérieure qui les rend capables de rester parfaitement authentiques (ṣidq) vis-à-vis du pacte originel. Certains ont déjà mené à terme leur engagement, d’autres attendent encore son accomplissement, mais tous partagent cette qualité : ils n’ont rien altéré ni modifié du dépôt reçu. Leur identité spirituelle se définit ainsi par la constance absolue dans l’engagement, marque de leur fidélité au pacte originel avec le divin.
Al-Aḥzāb (33:23)
Arabe :
مِّنَ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ رِجَالٞ صَدَقُواْ مَا عَٰهَدُواْ ٱللَّهَ عَلَيۡهِ فَمِنۡهُم مَّن قَضَىٰ نَحۡبَهُۥ وَمِنۡهُم مَّن يَنتَظِرُۖ وَمَا بَدَّلُواْ تَبۡدِيلٗا
Phonétique :
Mina al-muʾminīna rijālun ṣadaqū mā ʿāhadū Allāha ʿalayhi, fa-minhum man qaḍā naḥbahu, wa-minhum man yantaẓir, wa-mā baddalū tabdīlā
Traduction française (littérale, proche du texte) :
Parmi les croyants, il est des rijāl qui ont tenu avec sincérité leur engagement envers Allāh. Certains ont déjà accompli leur engagement, et d’autres attendent encore, sans rien changer à leur détermination.
- Analyse mot à mot et interprétation interne
مِّنَ ٱلۡمُؤۡمِنِينَ (mina al-muʾminīn)
→ Parmi ceux qui ont confiance (īmān = acte de confiance, pas seulement croyance).
رِجَالٞ (rijālun)
→ Pluriel de rajul, qui désigne étymologiquement celui qui se tient vertical (debout), solide, et qui agit, une position ferme et active envers le verbe divin.
صَدَقُواْ (ṣadaqū)
→ Verbe au parfait, racine ṣ-d-q = dire vrai, être authentique, véridique, être conforme à la réalité ; aussi racine de ṣadaqa (don sincère).
→ Ici, “ils ont été vrais, ils ont prouvé leur authenticité”
مَا عَٰهَدُواْ ٱللَّهَ عَلَيۡهِ (mā ʿāhadū Allāha ʿalayhi)
→ ʿAhd = pacte, engagement contractuel ou alliance.
→ “Ce sur quoi ils ont fait un pacte avec Allāh” : formule qui désigne un engagement précis, accepté des deux côtés.
فَمِنۡهُم مَّن قَضَىٰ نَحۡبَهُۥ (fa-minhum man qaḍā naḥbahu)
→ Qaḍā = mener à terme, accomplir, achever.
→ Naḥb = serment, vœu, engagement solennel (et parfois « durée fixée »).
→ Sens : “Certains ont déjà accompli leur vœu / terme fixé.”
وَمِنۡهُم مَّن يَنتَظِرُ (wa-minhum man yantaẓir)
→ Yantaẓir = attendre, être dans l’attente, guetter l’accomplissement.
→ Sens : “Et certains attendent encore (d’accomplir ce vœu).”
وَمَا بَدَّلُواْ تَبۡدِيلٗا (wa-mā baddalū tabdīlā)
→ Baddalū = changer, remplacer, altérer.
→ Sens : “Et ils n’ont pas substitué de substitution” — aucune altération de l’engagement initial. Ici la répétition en arabe de la racine b.d.l n'est pas anodine.
- Le principe de l’alliance et de son accomplissement :
- Une partie d’entre eux a mené à terme son vœu (قَضَىٰ نَحۡبَهُۥ qaḍā naḥbahu),
Le verbe قَضَى (qaḍā) ; Sens fondamental : Achever une chose par la parole ou l’action, Ordonner, décréter, juger, payer ou recevoir une dette
Le terme نَحۡبَهُۥ naḥbahu = son vœu, terme achevé, mort, une nécessité, durée de vie
Le terme نَحۡبَهُۥ (naḥbahu) ; dictionnaire Lane
قَضَى نَحْبَهُ (qaḍā naḥbahu)
Il est mort ; ou il a été tué lors d’une expédition entreprise pour la cause de Dieu ; signifiant originellement qu’il a accompli son vœu ; comme s’il s’était imposé de combattre jusqu’à mourir ; ou cela signifie qu’il a achevé son terme de vie ; a terminé ses jours ; ou a rendu son âme ; ou a accompli son besoin.
نَحْبٌ (naḥbun)
Un vœu.
Un grand pari ; une mise importante : synonyme Un grand danger. خَطَرٌ عَظِيمٌ (khaṭarun ʿaẓīmun)
Une preuve ; une démonstration ; une évidence : synonyme de; بُرْهَانٌ (burhānun)
Une nécessité ; un besoin ; une chose nécessaire : synonyme de حَاجَةٌ (ḥājatun)
La mort.
Un terme ; une période déterminée ; la durée de la vie.
Intention ; objectif ; aspiration ; désir ; ambition : synonyme. هِمَّةٌ (himmah)
→ Sens : “Certains ont déjà accompli leur vœu /une preuve / nécessité / la mort.”
وَمِنۡهُم مَّن يَنتَظِرُ (wa-minhum man yantaẓir)
→ يَنتَظِرُ Yantaẓir (dictionnaire Lane) = faire face, guetter l’accomplissement, observer.
Regarder, porter son regard sur quelque chose, le considérer, examiner, faire face,
Tourner l’esprit dans différentes directions pour percevoir une chose, et voir une chose ; parfois † considérer et investiguer
examiner, inspecter, étudier la chose ou l’affaire mentalement ; intellectuellement, ou avec l’esprit
Il le vit et réfléchit dessus, et tenta de comprendre ou de connaître le résultat, en mesurant ou comparant
Il examina, ou estima, les possessions des orphelins pour les connaître / Il jugea entre eux.
Compatir, accorder des bénédictions
s’opposer ou détruire (le destin),
→ Sens : “Et certains examinent, font face, observent encore la complétion.”
وَمَا بَدَّلُواْ تَبۡدِيلٗا (wa-mā baddalū tabdīlā)
→ بَدَّلُواْ Baddalū = changer, remplacer, altérer, substituer.
→ Sens : “Et ils n’ont pas changé / substitué de substitution” — aucune altération et achèvement du voeu initial. Ici la répétition en arabe de la racine b.d.l n'est pas anodine.
Le verset souligne la continuité de l’engagement : que l’action soit accomplie ou en examen pour l'achèvement d'un état jusqu'à un terme ou la mort sans subsitution de la preuve. La répétition de la racine ب-د-ل (b-d-l) dans les mots "wa-mā baddalū tabdīlā" signifiant changement, substitution, altération, illustre par la répétition une insistance sur sa permanence et la non-substitution du verbe divin et la fidélité au vœu qui demeure intacte jusqu'à terme tout le long du processus d'accomplissement du pacte (ahd) avec le Créateur.
Interprétation à partir des seuls sens des mots ;
- L’alliance et l’engagement ;
Al-Aḥzāb (33:23)
Arabe :
مَا عَٰهَدُواْ ٱللَّهَ عَلَيۡهِ
Phonétique :
mā ʿāhadū Allāha ʿalayhi,
Traduction française (littérale, proche du texte) :
qui ont tenu leur engagement envers Allāh
Cette partie du verset décrit, parmi les muʾminīn (les croyants), un groupe désigné comme rijāl, des entités qui se tiennent fermes et agissent, qui ont prouvé leur authenticité (ṣadaqū) dans l’alliance formelle (ʿahd) conclue avec Allāh.
Principe de l'alliance :
Ici le mot ahd est une alliance avec le divin qui induit un engagement à « ne pas rompre les serments (aymān) après les avoir confirmés, alors que vous avez pris Allāh comme garant » Sourate An-Naḥl (16:91–92)
Sourate 16 AN-NAHL / LES ABEILLES
Verset 90-91
90 Certes, Allah commande l'équité, la bienfaisance et l'assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l'acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.
91 Soyez fidèles au pacte d'Allah (Bi`ahdi Allāhi) après l'avoir contracté (`Āhadtum ) et ne violez pas vos serments (Al-'Aymāna) après les avoir solennellement prêtés et avoir pris Allah comme garant [de votre bonne foi]. Vraiment Allah sait ce que vous faites !
Le mot « aymān » qui signifie "serment" dont la racine ي-م-ن (y-m-n) signifie "main droite" symbolise la force ou orientation favorable.
Le mot « aymān » est lié à l’alliance (ahd) avec le divin, que l’on retrouve dans d’autres versets notamment dans l’expression « mā malakat aymānikum » traduit traditionnellement par "esclave" ou "propriétés conclues sous serment" détenues par un humain, en réalité cette expression ne désigne pas des propriétés de bien mais des serments engagés avec Dieu et l'expression "ayman" révèle en réalité un processus de purification de la nafs pour reprendre possession de sa propre matrice spirituelle.
"Malakat ʿAymānukum" signifie littéralement « ce que vos serments ou engagements possèdent ». Dans ce contexte, il ne s’agit pas de simples engagements extérieurs, mais de structures divines inscrites dans le registre du nafs, perçues comme des dons en lien avec l’amanah. Dans le verset 4:24, l’expression Mā Malakat ʿAymānukum désigne les prérogatives que Dieu établit pour accéder à ces dons. La racine malaka (مَلَكَ) souligne la capacité de maîtriser ou de posséder la souveraineté sur ces dons qui demeurent dans la matrice divine.
Le verset 17:34 met en lumière le principe de l’alliance (al-‘ahd) en détail et de son accomplissement comme un processus psychique et spirituel.
Sourate 17 AL-ISRA / LE VOYAGE NOCTURNE
34 Et n'approchez les biens de l'orphelin que de la façon la meilleure, jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité. Et remplissez l'engagement, assurément, le pacte / l’engagement était tenu responsable »
Wa 'Awfū Bil-`Ahdi 'Inna Al-`Ahda Kāna Mas'ūlāan
L’alliance représente l’engagement intérieur de l’âme à purifier et stabiliser ses potentiels sans formes (al-yatīm), en passant par le discernement et le filtrage (bi-llatī hiya aḥsanu). Accomplir cette alliance ne se limite pas à une intention ou une promesse : il s’agit de mettre en œuvre concrètement le processus de maturation et de fixation des formes intérieures du sans forme à la forme identifiée par le dikhr - le semeur, en passant par la mort (des anciens schémas par la preuve) et en ancrant les nouveaux dans la conscience afin de les manifester dans le monde extérieur (wa awfū bil-‘ahdi). Ainsi, l’alliance n’est pas un contrat abstrait, mais une dynamique d’accomplissement intérieur et extérieur, où la transmutation spirituelle (la mort) et la manifestation consciente s’articulent dans un continuum de responsabilité et de justice.
- L'alliance avec le divin n'engage pas un homme et une femme biologiques mais les deux pôles sacrés :
le semeur authentique ;
Le mot-racine (ṣ-d-q) (traduit par véridique) apparaît dans deux contextes différents, ici en 33:23 (rijāl) et en 4:4 (nissāʾ), ce n’est pas une coïncidence, c’est un pont sémantique qui relie deux champs fonctionnels :
Sourate AN-NISA' / LES FEMMES (verset 4)
Et donnez aux épouses leurs dons authentiques (Şaduqātihinna) , de bonne grâce. Si de bon gré, elles vous en abandonnent quelque chose, disposez-en alors à votre aise et de bon cœur.
- Dans le verset 33:23 —le mot ṣadaqū traduit véracité, fidélité au pacte → aspect actif (les rijāl qui tiennent ferme).
- Et dans le verset 4:4 "Et donnez aux nissas leur don authentique (Şaduqātihinna)" où " ṣaduqātihinna" signifie les dons authentiques = semences du verbe (généralement traduit par dot dûe à la femme avant le mariage dans les traductions traditionnelles)
La matrice authentique ;
→ dans le verset 4.4 les nisa incarnent l’aspect réceptif et nourricier du verbe authentique ; la sadaqa ; et elles ont un rôle d’accueil et de développement de la parole authentique (sadaqa) et la transforme en nourriture (4.4) / relatif à la préparation, cuisson, fermentation du verbe (voir plus loin verset 33.53) .
Donc, dans la structure du kitāb, rijāl et nissāʾ sont deux pôles d’une même dynamique de don et de réception du verbe divin.
- Rijāl → polarité émissive : ils plantent la graine dans le champ commun (le bayt / cœur).
- Nissāʾ → polarité réceptive : elles assurent la germination, la maturation et la restitution fidèle.
Cela explique pourquoi la racine ṣ-d-q relie l’authenticité intérieure (ṣadaqū, tenue du pacte) à l’authenticité manifestée (ṣadaqātihinna - leurs dons, restitution fidèle).
La ṣadaqa n’est donc pas ici une “aumône” ou un geste caritatif ponctuel, c’est la semence du rappel (dikhr), le dépôt originel de vérité transmis par le champ (Rabb al-ʿālamīn) dans un circuit rijāl / nissāʾ pour une maturation et manifestation du verbe divin
Ainsi, le verset 33:23 met en lumière la fidélité des Rijal à leur engagement envers le Rabb, certains ont déjà accompli leur engagement, tandis que d’autres patientent jusqu’à sa pleine activation. Cette constance et cette invariabilité constituent un trésor intérieur, un noyau alchimique qui transforme la veille en lumière et prépare l’élévation spirituelle. Le verset illustre ainsi le dhikr comme une résonance vivante et persistante, capable de révéler l’invisible à ceux qui ont le iman – la foi. La fin du verset rappelle également que les Rijal sont veilleurs et gardiens du Verbe, assurant la continuité et la protection du dhikr dans l’ordre divin.
Le Coran utilise رِجَال rijal pour désigner des agents actifs qui répondent à l’Appel ou se tiennent dans la station du rappel : "Dans des maisons qu’Allah a permis que l’on élève et où Son nom est mentionné : Le glorifient matin et soir, des rijal que ni négoce ni vente, ne distraient du rappel (dhikr) de Dieu (24:36–37).
Sourate An-Nūr (24), versets 36-37
Arabe :
فِي بُيُوتٍ أَذِنَ ٱللَّهُ أَن تُرۡفَعَ وَيُذۡكَرَ فِيهَا ٱسۡمُهُۥ يُسَبِّحُ لَهُۥ فِيهَا بِٱلۡغُدُوِّ وَٱلۡأٓصَالِ ٣٦
رِجَالٞ لَّا تُلۡهِيهِمۡ تِجَٰرَةٞ وَلَا بَيۡعٌ عَن ذِكۡرِ ٱللَّهِ وَإِقَامِ ٱلصَّلَوٰةِ وَإِيتَآءِ ٱلزَّكَوٰةِۙ يَخَافُونَ يَوۡمٗا تَتَقَلَّبُ فِيهِ ٱلۡقُلُوبُ وَٱلۡأَبۡصَٰرُ ٣٧
Phonétique :
Fī buyūtin adhina Allāhu an turfaʿa wa-yudhkara fīhā ismuhu, yusabbiḥu lahu fīhā bil-ghuduwwi wal-āṣāl (36)
Rijālun lā tulhīhim tijāratun wa-lā bayʿun ʿan dhikri Allāhi wa-iqāmiṣ-ṣalāti wa-ītāʾi z-zakāh, yakhāfūna yawman tataqallabu fīhi l-qulūbu wal-abṣār (37)
Traduction française (littérale, fidèle au texte) :
(36) Dans des demeures qu’Allāh a permis d’élever et où Son Nom est mentionné, L’y glorifient matin et soir.
(37) Des hommes (rijāl) que ni le commerce ni la vente ne distraient du rappel d’Allāh, de l’accomplissement de la ṣalāt et de l’acquittement de la zakāt. Ils redoutent un Jour où les cœurs et les regards seront bouleversés.
Le verset évoque :
« Dans des demeures qu’Allah a permis d’élever et où Son Nom est constamment rappelé ; s’y trouvent des rijal qui Le glorifient matin et soir… » (24:36)
An-Nūr (24:36)
Phonétique :
Fī buyūtin adhina Allāhu an turfaʿa wa-yudhkara fīhā ismuhu yusabbiḥu lahu fīhā bil-ghuduwwi wal-āṣāl
Traduction : Dans des demeures qu’Allah a permis d’élever et où Son Nom est constamment rappelé ; s’y trouvent des rijal qui Le glorifient matin et soir…
Analyse du verset 24:36 :
Fī ; « Dans », à l’intérieur ; Introduit un espace intérieur, non nécessairement matériel.
buyūtin ; ب ي ت (b-y-t) pluriel de "bayt" ; « Maisons » , demeure, lieu de repos ou de rassemblement
adhina Allāhu ; أ ذ ن (ʾ-dh-n) ; « a permis » ; Autoriser", permettre, donner la permission officielle, L’élévation n’est pas auto-proclamée, elle vient d’une autorisation divine.
an turfaʿa ; ر ف ع (r-f-ʿ) « d'élever » passif subjonctif ; Être élevée, exhaussée, portée vers le haut, Élévation de statut, purification, amplification.
wa yudhkara ذ ك ر (dh-k-r) « et a rappelé » passif ; Être mentionné, rappelé ; Action de maintenir active la mémoire du ism dans l’espace intérieur.
fīhā ismuhu ; « en elles son Nom » fiha = "en elles (maisons)" ; إ س م (ʾ-s-m) ; Nom, identité, signe distinctif; Le ism est la signature vibratoire d’Allāh présente dans le bayt.
Le verset 24:36 décrit ces « demeures » (buyūt) qu’Allah a permis d’élever et où Son Nom est continuellement rappelé. On comprend, à travers le texte que ces « maisons » sont des espaces purs, qu’Allah a permis d’élever ouverts à l’accueil de la lumière divine or les versets Sourate 13 (ar-Raʿd) verset 28 et Sourate 39 az-Zumar verset 39:22 et Sourate 6 Al-Nam / Les bestiaux mettent en évidence ce lieu du rappel et donnent un complément de compréhension de ce bayt (maison) rapporté au verset 24:36 :
Sourate 13 (ar-Raʿd), verset 28 :
Traduction littérale :
« Ceux qui ont authentifié (āmanū) et dont les cœurs trouvent quiétude dans le dhikr d’Allāh. N’est-ce point dans le dhikr d’Allāh que les cœurs trouvent quiétude ? »
Sourate 39 az-Zumar verset 39:22
Traduction (sens rapproché en français) :
« Est-ce que celui dont Allāh a ouvert la poitrine à l’islam et qui est ainsi sur une lumière venant de son Seigneur… ? Malheur donc à ceux dont les cœurs sont endurcis contre le Rappel d’Allāh ! Ceux-là sont dans un égarement évident. »
Sourate 6 AL-ANAM / LES BESTIAUX
Verset 6.125
Et puis, quiconque Allah veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l'Islam. Et quiconque Il veut égarer, Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s'il s'efforçait de monter au ciel. Ainsi Allah inflige Sa punition à ceux qui ne croient pas.
Sourate 20 TA-HA Verset 20.25/26
25 Qāla Rabbi Ashraĥ Lī Şadrī /Wa Yassir Lī 'Amrī
26 dit: « Seigneur, ouvre-moi ma poitrine / et facilite mon ordre
Dans le Coran, « élever les demeures (buyut) » par la permision de Dieu « adhina Allāhu » où le Nom Divin est rappelé le matin et le soir (24:36 ) correspond à ce que le verset sourate Az-Zumar 39:22 exprime comme le lieu où « Allah a ouvert la poitrine à l'islam (sharḥ al-ṣadr)» des maisons ouvertes par sa permission (c’est Allah qui ouvre les poitrines 6.125) car « N’est-ce point dans le dhikr d’Allāh que les cœurs trouvent quiétude 13.28 » et Allah accorde à certains le don d’un cœur vaste, hospitalier à Sa lumière, réceptif au dhikr comme celui de Moïse 20.25 "tandis que d’autres s’enferment dans l’endurcissement" (39:22) et "Il rend sa poitrine étroite et gênée, comme s'il s'efforçait de monter au ciel" (6.125). Ainsi cette maison « bayt » dont parle le verset 24:36, et que les versets 39:22, 13.28 6.125 éclairent, c’est le cœur rendu lumineux 39:22 et sacré, vibrant de la Présence divine, élevé par l’ouverture divine à l’islam (élévation spirituelle) et perpétuellement traversé par le rappel divin et la lumière divine.
Si l’on adopte une lecture purement ésotérique ou intérieure, il ne s’agit pas de lieux physiques de prière, mais exclusivement d’espaces intérieurs ouverts par Allah à Sa lumière — autrement dit les poitrines expansées (sharḥ al-ṣadr) où les cœurs réceptifs vibrent de Son souvenir.
Et si on prend en compte que rijāl et nissā’ sont les représentants de deux polarités de la conscience humaine (nafs) alors rijāl et nissā’ recouvrent des principes ou courants complémentaires présents en tout être humain : actif / réceptif, solarité / lunarité, extériorisation / intériorisation.
On parle donc d’états du nafs ou de la dimension spirituelle, pas de groupes de personnes installées dans des bâtiments.
Lien avec 33:33
Dans 33:33, si l’on abandonne la lecture “foyer domestique”, le verset peut se comprendre comme la structure de préservation à l’intérieur de cette maison d’Allāh (la poitrine).
Sourate al-Aḥzāb (33:33).
« Et demeurez dans vos maisons (fī buyūtikunna) ; ne vous exhibez pas à la manière de l’ancienne ignorance (al-jāhiliyati). Accomplissez la prière, acquittez la zakāt, et obéissez à Allāh et à Son Messager. Allāh ne veut que vous débarrasser de toute souillure, gens de la Maison, et vous purifier pleinement. »
- Les rijāl y sont les piliers actifs qui assurent la stabilité et la cohérence.
- Les nissāʾ doivent demeurer dans les maisons (fī buyūtikunna) et ne pas exposer à la manière de l'ancienne ignorance (al-jāhiliyati) avant l'ouverture de la poitrine à l'islam.
Sourate Al-Mā’idah (5:50)
Arabe :
أَفَحُكْمَ الْجَاهِلِيَّةِ يَبْغُونَ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللَّهِ حُكْمًا لِقَوْمٍ يُوقِنُونَ
Phonétique :
Afahukma l-jāhiliyati yabghūna waman aḥsanu mina Allāhi ḥukman liqawmin yūqinūn
Traduction :
« Cherchent-ils le jugement de l’ignorance ? Et quel meilleur jugement que celui d’Allah pour un peuple qui a la foi ? »
La poitrine est donc le sanctuaire ouvert par la permission divine et le Sourate al-Aḥzāb (33:33) ne parle pas de la gestion d’une maison terrestre, mais la co-gardiennerie d’un sanctuaire intérieur sanctifié qui appartient à Allāh et qui a été ouvert par sa permission.
C’est donc dans le lieu sacré du coeur que s’opère la vraie sanctification : non dans la pierre, mais dans la poitrine expansée par le Divin, qui accueille sa lumière signe d’une demeure habitée par la guidance et l’élévation spirituelle.
Ainsi celui qui vibre au Nom d’Allah matin et soir devient lui-même lieu sacré d’élévation et espace où le divin se rappelle.
- Les Rijal glorifient Allah matin et soir
Les rijals représentent donc un modèle d’alignement énergétique et spirituel, un pont entre la matière et le spirituel, incarnant la lumière qui rayonne dans les poitrines.
Sourate An-Nūr (24), versets 36-37
Arabe :
يُسَبِّحُ لَهُۥ فِيهَا بِٱلۡغُدُوِّ وَٱلۡأٓصَالِ ٣٦
Phonétique :
yusabbiḥu lahu fīhā bil-ghuduwwi wal-āṣāl (36)
Traduction française (littérale, fidèle au texte) :
L’y glorifient matin et soir.
Le langage alchimique de la glorification à l'aube et le soir ;
- Le ghuduww (l'aube) est le principe lumineux, actif, porteur de conscience et de trésors spirituels (38.9).
Le moment juste après le lever du soleil (ghuduww) correspond à l’instant où la lumière divine commence à se diffuser mais n’a pas encore saturé le monde (la poitrine) — c’est l’émergence du verbe dans sa pureté initiale autrement dit le moment où Allah ouvre la poitrine à l'islam.
Alchimiquement, c’est la phase d’illumination naissante, où la matière subtile (le nafs) est encore fraîche, réceptive et malléable.
C’est l’heure où la lumière divine agit comme un agent de transmutation.
Sourate Az-Zumar (39:22)
أَفَمَنْ شَرَحَ ٱللَّهُ صَدْرَهُۥ لِلۡإِسۡلَٰمِ فَهُوَ عَلَىٰ نُورٖ مِّن رَّبِّهِۦۚ
« Celui dont Allah a ouvert la poitrine à l’Islam, il est alors sur une lumière (nūr) venant de son Seigneur… »
- Le āṣāl (le soir) ; correspond quant à lui à la fin du cycle au couché du soleil, lorsque la lumière se retire.
C’est la récolte de la lumière accumulée, un moment de fixation alchimique, où ce qui a été transmuté est « scellé » avant la nuit.
Symboliquement : au matin, les trésors divins sont produits ; au soir, ils sont stabilisés et individués.
Dans ce cadre le ghuduww (le matin) est l’ énergie masculine active et le āṣāl (le soir) est l’énergie féminine, intégrative. Cela rejoint aussi le mouvement inspir / expir de nafas et du nafs.
- Le rijal n’est pas distrait par les mondanités
Sourate An-Nūr (24), versets 36-37
Phonétique :
rijālun lā tulhīhim tijāratun wa lā bayʿun ʿan dhikri Allāh...
Traduction :
des rijalun que ni le commerce ni les ventes ne distraient du rappel d’Allāh…
- Analyse étymologique :
lā tulhīhim (لَا تُلۡهِيهِمۡ) ; Racine : ل هـ و (l-h-w) = se distraire, être détourné, perdre son attention, être absorbé par autre chose. Forme IV (alhā) → « détourner activement » ou « absorber l’attention ». lā tulhīhim = « ne les distrait pas », « ne les détourne pas ».
tijāratun (تِجَٰرَةٞ) : Racine : ت ج ر (t-j-r) = commerce, transaction, échanges de biens.
wa-lā bayʿun (وَلَا بَيۡعٞ) ; Racine : ب ي ع (b-y-ʿ) = vendre, troquer, transférer la propriété d’une chose. Le mot « bayʿ » renvoie plus spécifiquement à l’acte ponctuel de la transaction, contrairement à tijārah qui désigne l’activité continue de commerce.
بَيْعٌ (bayʿun) vient de la racine b-y-ʿ (ب ي ع) qui signifie vendre, échanger, transférer la propriété d’une chose contre une autre. Dans le dictionnaire Lane il est précisé que le sens originel implique le passage ou la commutation d’une possession d’un sujet à un autre, avec un effet de transfert ou de mise en relation. Dans ce sens, bayʿun n’est pas un contrat ou une transaction matérielle, mais une opération de commutation ou d’échange effectif de la lumière divine.
Dans ce contexte, le terme bayʿun ne correspond pas à une transaction matérielle, mais désigne une opération spirituelle : commutation, transfert ou échange de lumière divine, on peut donc le comprendre comme le transfert d’un état, d’un potentiel ou d’une responsabilité d’un plan ou d’un support à un autre, ou une commutation de lumière (référence au malakat qui ne sont pas troquées).
Ces notions de commerce et de transfert rejoignent l’expression baddalū tabdīlā (33:23) — “et aucun d’entre eux n’a substitué une substitution” — indiquant que les Rijāl n’ont pas transformé le Verbe divin, lequel est demeuré intact et pur.
- Le troc du verbe contre un gain dérisoire :
En lien avec tijāratun (تِجَٰرَةٞ) et la racine sh-r-y (acheter, vendre) ou le troc du rappel divin explicitement formulé dans le verset 2:41 :
verset 2:41
Wa-lā tashtarū bi-āyātī thamanan qalīlan
Et croyez à ce que J'ai fait descendre, en confirmation de ce qui était déjà avec vous; et ne soyez pas les premiers à le rejeter. Et n'échangez pas Mes révélations contre un vil prix. Et c'est Moi que vous devez craindre.
La « transaction » est de nature spirituelle avec les signes divins
verset 61:10
Yā 'Ayyuhā Al-Ladhīna 'Āamanū Hal 'Adullukum `Alá Tijāratin Tunjīkum Min `Adhābin 'Alīmin
« Ô vous qui avez cru ! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d'un châtiment douloureux ? »
3:187 et 9:9 font la même mise en garde.
Le tijārah (commerce) peut être vue comme la gestion d’un flux lumineux (le kitab, les signes divins) quand cette gestion est alignée avec le Rabb, elle nourrit et élève. Quand elle est tournée vers les échanges mondains, elle devient une fuite énergétique, une « vente à vil prix » de la lumière reçue, référence au processus corrompu de purification du verbe dans la nafs.
Le chatiment douloureux renvoie au verset 2.7 et à ceux dont "Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles; et un voile épais leur couvre la vue; et pour eux il y aura un grand châtiment."
Le verset 24:37 montre alors l’intégrité de la conscience rijal, qui reste entièrement engagée dans le Verbe divin. Ils n’échangent rien, ne commutent rien, ne falsifient rien. Leur fidélité est totale, et c’est cette fidélité qui les distingue, mettant en lumière le danger de ceux qui troquent ou corrompent le Verbe divin.
Les rijāl sont donc considérés comme des gardiens de la lumière intérieure, et leur champ intentionnel reste aligné sur la mention divine, même quand l’environnement les sollicite avec des transactions mondaines du verbe divin.
Validation contextuelle
Sourate An-Nūr (24), versets 37
وَإِقَامِ ٱلصَّلَوٰةِ وَإِيتَآءِ ٱلزَّكَوٰةِۙ
wa-iqāmiṣ-ṣalāti wa-ītāʾi z-zakāh (37)
(37) de l’accomplissement de la ṣalāt et de l’acquittement de la zakāt
Le verset précise juste après :
«ne se détournent pas de l’accomplissement de la ṣalāt et de l’acquittement de la zakāt… »
La ṣalāt (l’alignement avec le divin) et la zakāt (développement et maturation de la nafs), évoquées ici montrent que le texte ne traite pas d’un commerce mondain, mais bien d’un flux de lumière spirituelle. La ṣalāt (le lien) établit un lien direct et vertical avec le divin, une discipline de l’attention qui ne peut être troquée ni commuée. La zakāt, (maturation) quant à elle, met en circulation cette énergie intérieure pour la maturer, la purifie et l’utilise de manière immanente, sans perte ni dissipation.
- Ils redoutent le jour du bouleversement du coeur :
Sourate An-Nūr (24), versets 37
yakhāfūna yawman tataqallabu fīhi l-qulūbu wal-abṣār
« ils redoutent un Jour où les cœurs et les regards seront bouleversés »
Les cœurs (qulub) et le regard (abṣār) qu’on retrouve dans le verset nissa 24.31 "Et dis aux croyantes de baisser leurs regards", de garder leur lieu intime (la poitrine), et de ne montrer de leur foi que ce qui est manifeste et qu'elles ramènent leur hijab (écran de discernement) sur leurs poitrines (lieux sacrés)" dans ce dernier verset le nabi demandent aux croyantes de protéger la vue sur le ghayb (invisible) autrement dit les rijals redoutent que le sacré protégé soit manipulé à perte dans la sphère profane.
Conclusion ; Profil des rijāl dans ce verset
Les rijāl, selon les versets coraniques 24:36-37, incarnent une présence debout dans les « maisons sacrées » élevées par la permission divine, symbolisant les poitrines expansées par le Divin et dont le cœur est devenu le sanctuaire sacré, espace véritable de sanctification, rendu vivant par l’accueil de la lumière divine. Ce sanctuaire sacré où l’élévation spirituelle prend racine avec la lumière (nūr) venant de son Seigneur (39:22) devient le lieu de la louange du matin et soir illustrant que le fidèle qui frisonne au rappel divin, devient lui-même un sanctuaire sacré et un espace d’éveil et de résonance divine.
Ce verset met en avant l’intégrité sans faille des rijāl : leur conscience est totalement engagée dans le Verbe divin. Ils ne troquent ni falsifient sa lumière, leur fidélité au divin demeure absolue.
Leur vigilance et leur droiture maintiennent la fréquence originelle, et en ceci , ils se font les gardiens de la lumière intérieure, toujours alignés sur la mention de Dieu, insensibles aux détournements du verbe ou de son altération, empêchant qu’elle soit capturée ou diluée. Ils portent donc la garde intérieure, et apparaissent comme des sentinelles auprès de la lumière divine, préservant l’harmonie avec le Nom divin, où chaque moment est sanctifié.
Sourate 7:46 — « Entre eux se tient un mur (le hijab), et sur ce mur, des rijal (hommes) qui reconnaissent chacun par leurs signes… »
Sourate Al-Aʿrāf (7), verset 46
Arabe :
وَبَيْنَهُمَا حِجَابٌ ۚ وَعَلَى ٱلۡأَعۡرَافِ رِجَالٞ يَعۡرِفُونَ كُلًّۢا بِسِيمَىٰهُمۡۚ وَنَادَوۡا۟ أَصۡحَٰبَ ٱلۡجَنَّةِ أَن سَلَٰمٌ عَلَيۡكُمۡۚ لَمۡ يَدۡخُلُوهَا وَهُمۡ يَطۡمَعُونَ
Phonétique :
Wa-baynahumā ḥijābun, wa-ʿalā al-aʿrāfi rijāl(un) yaʿrifūna kulla(m) bi-sīmāhum, wa-nādaw aṣḥāba al-jannati an salāmun ʿalaykum, lam yadkhulūhā wa-hum yaṭmaʿūn(a)
Traduction française (littérale, proche du texte) :
Et entre eux deux se trouve un voile (ḥijābun). Et sur les hauteurs (al-aʿrāf), des hommes (rijāl) qui reconnaissent chacun à leurs traits. Ils appellent les compagnons du Paradis : « Paix sur vous ! » ils ne sont pas encore entrés (au Paradis), bien qu’ils l’espèrent.
- Ils demeurent au dessus du hijab ; lisière entre deux mondes
Ce mur ou voile (hijab) est une barrière entre les mondes, qui n’est accessible qu’aux rijal purifiés, intermédiaires entre les niveaux de réalité.
Verset (Al-Aʿrāf 7:46)
Arabe : وَبَيْنَهُمَا حِجَابٌ ۚ
Phonétique : Wa-baynahumā ḥijābun,
Français (littéral) : « Et entre eux se trouve un voile (hijab)
Analyse étymologique du verset :
و (wa) : Conjonction « et », utilisée pour relier des éléments.
بَيْنَ (bayna) : Préposition signifiant « entre », indiquant une relation ou une position intermédiaire.
هُما (humā) : Pronom dual, « eux deux », se référant à deux entités ou groupes.
حِجَابٌ (ḥijābun) : Nom signifiant « voile », « barrière », ou « rideau ».
Le verset décrit la barrière (hijab) entre le Paradis et l’Enfer. Le ḥijāb (voile / barrière) se trouve entre ces deux royaumes (baynahumā) et les rijal se situent en position élevée dans les Aʿrāf (hauteurs) « au-dessus » de cette barrière.
Le mot ḥijāb (حِجَاب) en arabe vient de la racine ḥ-j-b (ح-ج-ب) qui porte l’idée de :
- Couvrir, séparer, cacher – créer une barrière ou un voile entre deux choses.
- Protéger ou préserver – en cachant, on protège ce qui est derrière le voile.
- Mettre à distance – empêcher une influence extérieure de pénétrer, ou contrôler l’accès.
Mais aussi une barrière entre le visible et l’invisible: le hijab sépare donc deux réalités ou plans – le paradis et l’enfer, ou le monde extérieur et le sanctuaire intérieur du cœur (verset 33:53) .
Ainsi, le ḥijāb n’est pas un rideau physique (verset 33:53) : il implique une action consciente de séparer, filtrer et protéger.
Sur le plan métaphysique le hijab (voile) est :
- Un écran protecteur : il agit comme un filtre des mondes, préservant la stabilité et l’intégrité intérieure. Il permet à la nafs de recevoir des influx, mais de manière régulée et maîtrisée, sans se laisser submerger et l'empêchant d’être perturbée par la proximité directe avec des influx extérieurs et des mémoires.
- il demande une maîtrise de la vision : Grâce à ce voile protecteur intérieur, les rijal perçoivent les deux mondes et peuvent interagir par leur perception, tout en restant protégés de la contamination ou de la saturation.
Le rôle actif du hijab sur la nafs exprime la discipline intérieure, la capacité du nafs (conscience) à maintenir son intégrité face à des influx contraires.
Le placement du rijāl sur les Aʿrāf (hauteurs) montrent qu’ils ont déjà posé leur hijab intérieur, leur barrière de maîtrise de leur nafs (conscience). Cela leur permet de reconnaître et distinguer les deux réalités (paradis et enfer) sans être submergés.
Le ḥijāb aussi utilisé dans le verset 33:53 s’agissant des épouses (pairs) de nabi (le transmetteur de la révélation)
Sourate 33 AL-AHZAB / LES COALISÉS
Version arabe classique du verset 53 de la sourate 33 :
يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تَدْخُلُوا۟ بُيُوتَ ٱلنَّبِىِّ إِلَّآ أَن يُؤْذَنَ لَكُمْ إِلَىٰ طَعَامٍ غَيْرَ نَٰظِرِينَ إِنَىٰهُ وَلَٰكِنْ إِذَا دُعِيتُمْ فَٱدْخُلُوا۟ فَإِذَا طَعِمْتُمْ فَٱنتَشِرُوا۟ وَلَا مُسْتَـْٔنِسِينَ لِحَدِيثٍ إِنَّ ذَٰلِكُمْ كَانَ يُؤْذِى ٱلنَّبِىَّ فَيَسْتَحْىِۦ مِنكُمْ وَٱللَّهُ لَا يَسْتَحْىِۦ مِنَ ٱلْحَقِّ وَإِذَا سَأَلْتُمُوهُنَّ مَتَٰعًا فَسْـَٔلُوهُنَّ مِن وَرَآءِ حِجَابٍ ذَٰلِكُمْ أَطْهَرُ لِقُلُوبِكُمْ وَقُلُوبِهِنَّ وَمَا كَانَ لَكُمْ أَن تُؤْذُوا۟ رَسُولَ ٱللَّهِ وَلَآ أَن تَنكِحُوٓا۟ أَزْوَٰجَهُۥ مِنۢ بَعْدِهِۦٓ أَبَدًا إِنَّ ذَٰلِكُمْ كَانَ عِندَ ٱللَّهِ عَظِيمًا
Phonétique :
Yā 'Ayyuhā Al-Ladhīna 'Āmanū Lā Tadkhulū Buyūta An-Nabīyi 'Illā 'An Yu'udhana Lakum 'Ilá Ţa`āmin Ghayra Nāžirīna 'Ināhu Wa Lakin 'Idhā Du`ītum Fādkhulū Fa'idhā Ţa`imtum Fāntashirū Wa Lā Musta'nisīna Liĥadīthin 'Inna Dhālikum Kāna Yu'udhī An-Nabīya Fayastaĥyi Minkum Wa Allāhu Lā Yastaĥyi Mina Al-Ĥaqqi Wa 'Idhā Sa'altumūhunna Matā`āan Fās'alūhunna Min Warā'i Ĥijābin Dhālikum 'Aţharu Liqulūbikum Wa Qulūbihinna Wa Mā Kāna Lakum 'An Tu'udhū Rasūla Allāhi Wa Lā 'An Tankiĥū 'Azwājahu Min Ba`dihi 'Abadāan 'Inna Dhālikum Kāna `Inda Allāhi `Ažīmāan
Français ;
Ô vous qui croyez ! N'entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu'invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu'on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous, alors qu'Allah ne se gêne pas de la vérité. Et si vous leur demandez quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau (hijab) : c'est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d'Allah (rasul Allah), ni jamais vous marier avec ses épouses après lui; ce serait, auprès d'Allah, un énorme péché.
La fin du verset ;
"وَإِذَا سَأَلْتُمُوهُنَّ مَتَٰعًا فَسْـَٔلُوهُنَّ مِن وَرَآءِ حِجَابٍ ذَٰلِكُمْ أَطْهَرُ لِقُلُوبِكُمْ وَقُلُوبِهِنَّ "
Wa 'Idhā Sa'altumūhunna Matā`āan Fās'alūhunna Min Warā'i Ĥijābin Dhālikum 'Aţharu Liqulūbikum wa-qulūbihinna"
Et si vous leur demandez quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau (hijab) : c'est plus pur pour vos cœurs et leurs coeurs
« c'est plus pur pour vos cœurs et leurs cœurs » indique qu’il s’agit bien du cœur siège de la conscience (voir l’article sur le cœur), si le hijab a la même valeur spirituelle que dans le verset Verset (Al-Aʿrāf 7:46) , il s'agit d'une barrière entre les deux mondes enfer et jardin et ici c'est les confiants (mumins) qui doivent placer ce rideau (hijab) entre eux et les azwaj du nabi pour discerner pleinement afin d'accueillir la révélation dans leur cœur.
Autre point ; la révélation se fait de cœur à cœur ; du cœur des doubles / pairs (azwaj) du nabi au cœur des confiants (mumins), on pourrait imaginer que les doubles / pairs (azwaj) ont eu la révélation puis l'ont transmise mais les confiants (mumins) sont dans le demeure du nabi, alors ils auraient eu la révélation directement du nabi, en conséquence on peut imaginer que les les doubles / pairs (azwaj) du nabi sont des miroirs de la révélation reçus dans le cœur des confiants (mumins). et on retrouve alors la fonction émissive du nabi et la fonction de répétition des azwaj / double.
Au sujet de la fonction des azwaj, le verset 51.49 précise :
51:49 :وَمِن كُلِّ شَىْءٍ خَلَقْنَا زَوْجَيْنِ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ
wa-min kulli shayʾin khalaqnā zawjayni laʿallakum tadhakkarūn
« De toute chose Nous avons créé des paires, afin que vous vous rappeliez. »
Ce verset exprime clairement la fonction des ,زَوْج zawj, qui est une fonction du rappel ; afin que vous vous rappeliez. لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ laʿallakum tadhakkarūn et possiblement contiennent le rappel ذِكْر dikhr.
Nota bene ;
Analyse de la première partie du verset 33.53 :
Ne pénétrez pas dans les demeures du Prophète, excepté que permission vous est donnée à un repas / nourriture, sans faire face (estimer, examiner) à son retard, différé (venue, approche, maturation).
Lā Tadkhulū Buyūta An-Nabīyi 'Illā 'An Yu'udhana Lakum 'Ilá Ţa`āmin Ghayra Nāžirīna 'Ināhu
لَا تَدْخُلُوا۟ بُيُوتَ ٱلنَّبِىِّ إِلَّآ أَن يُؤْذَنَ لَكُمْ إِلَىٰ طَعَامٍ غَيْرَ نَٰظِرِينَ إِنَىٰهُ
On retrouve ici :
- أَن يُؤْذَنَ لَكُمْ / 'An Yu'udhana Lakum
"Que permission vous soit donnée" comme aux rijal s’adressant aux mumins
- طَعَامٍ Ţa`āmin / nourriture les nissas donnent à manger en 4.4 فَكُلُوهُ Fakulūhu (voir partie 2 les nissas) et dans la suite de ce verset il est dit « quand vous aurez fait un repas / pris la nourriture » فَإِذَا طَعِمْتُمْ Fa'idhā Ţa`imtum
- le terme نَٰظِرِينَ Nāžirīna même racine que يَنتَظِرُۖ yantaẓir du verset Al-Aḥzāb (33:23)
"Une autre est encore dans l’observation active à terme (يَنتَظِرُۖ yantaẓir) de l’accomplir"
- le terme إِنَىٰهُ 'Ināh - dictionnaire Lane
أَنَى (anā), aor. يَأْنِى (ya’nī), inf. n. إِنٌى (inā) dit d’une chose : son temps est venu ; ou elle fut, ou devint, ou s’approcha et qu’elle fut, ou devint, présente. ; syn. أَتَى وَقْتُهُ (atā waqtuhu),
حَانَ لَكَ (ḥāna laka) le temps est venu pour toi de faire cela.
Et أَنَى الرَّحِيلُ (anā ar-raḥīl) — le temps du départ est venu ou s’est approché ; syn. حَانَ وَقْتُهُ (ḥāna waqtuhu).
Il est venu à son temps ; à son état complet ou final ; à maturité ; il devint mûr ; ou, selon certains, seulement pour une plante ; ou il signifie aussi qu’il est devenu complètement cuit.
Ainsi, dans le Coran : غَيْرَ نَاظِرِينَ إِنَاهُ (ghayra nāẓirīna ināhu) — ne pas attendre qu’il soit complètement cuit.
On dit aussi :
أَنَى الحَمِيمُ (anā al-ḥamīm) — l’eau chaude devint extrêmement chaude.
أَنَى المَآءُ (anā al-mā’) — l’eau devint extrêmement chaude.
أَنَى (anā), aor. أُنِىٌّ (uniyy), inf. n. أَنْىٌ (anā) — une chose fut en retard ; ou devint tardive ; elle fut en arrière de son temps
Résumé du sens du terme إِنَىٰهُ 'Ināh ;
- son temps est venu ; ou elle fut, ou devint, ou s’approcha et qu’elle fut, ou devint, présente.
- le temps est venu pour toi de faire cela.
- le temps du départ est venu ou s’est approché ; syn. حَانَ وَقْتُهُ (ḥāna waqtuhu).
- Il est venu à son temps ; à son état complet ou final ; à maturité ; il devint mûr ; ou, selon certains, seulement pour une plante ; ou il signifie aussi qu’il est devenu complètement cuit.
- une chose fut en retard ; ou devint tardive ; elle fut en arrière de son temps
On retrouve dans la racine de نِساء Nissa ; النِّسَاءُ an-nisā’u synonyme de retard التأَخيرُ at-ta’khīr le délai ou le report (dictionnaire Alemani)
et dictionnaire Lane https://fractal-mithaq.e-monsite.com/pages/top-menu/racines/racine-nsw-nissa-femme.html
Le verbe نَسَأَ (nasaʾa), aoriste ـَ {يَنْسَأُ (yansaʾu)}, infinitif nominal. نَسْءٌ (nasʾun) et مَنْسَأَةٌ (mansaʾatun) ; et نَسُوْءٌ (nasūʾun) ; etانسأ (insaʾa) ; Il a retardé, ou différé, une chose.
نَسَأَ ٱللّٰهُ فِى أَجَلِهِ (nasaʾa llāhu fī ajalihi), etانسأ (insaʾa) ٱللّٰهُ أَجَلَهُ (allāhu ajalahu) Dieu a retardé le terme de sa vie ; c’est-à-dire a prolongé sa vie.
Et aussi : نسّأ (nassaʾa) ٱللّٰهُ أَجَلَهُ (allāhu ajalahu), et نَسَأَهُ ٱللّٰهُ فِى أَجَلِهِ (nasaʾahu llāhu fī ajalihi), et أَنْسَأَهُ (ansaʾahu) ٱللّٰهُ أَجَلَهُ (allāhu ajalahu)
Autre sens ; نَسَأَ الإِبِلَ (nasaʾa al-ibili), inf. n. نَسْءٌ (nasʾun) Il a retardé l’abreuvement des chameaux ; ou les a empêchés d’aller à l’eau au-delà du temps habituel.
Le إِنَىٰهُ ('Ināh) représente donc la phase de maturation du verbe dans un temps déterminé et dans un cycle de développement qui traverse les nissas, assurant sa germination, son perfectionnement et sa restitution fidèle. Ce temps est un temps différé et Il constitue ainsi un temps de préparation entre l’émission du verbe et sa délivrance sous forme assimilable, comme une nourriture.
Suite du verset ;
Mais lorsqu'on vous appelle, alors, entrez. Alors, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous familiariser pour un hadith (narratif).
Wa Lakin 'Idhā Du`ītum Fādkhulū Fa'idhā Ţa`imtum Fāntashirū Wa Lā Musta'nisīna Liĥadīthin
وَلَٰكِنْ إِذَا دُعِيتُمْ فَٱدْخُلُوا۟ فَإِذَا طَعِمْتُمْ فَٱنتَشِرُوا۟ وَلَا مُسْتَـْٔنِسِينَ لِحَدِيثٍ
- ils ont une lucidité et une maîtrise des charges spirituelles :
Verset (Al-Aʿrāf 7:46)
Arabe : وَعَلَى ٱلۡأَعۡرَافِ رِجَالٞ يَعۡرِفُونَ كُلّٗا بِسِيمَىٰهُمۡۚ
Phonétique wa-ʿalā al-aʿrāfi rijālun yaʿrifūna kullan bi-sīmāhum.
Français (littéral) : ...et sur les Aʿrāf sont des rijāl qui reconnaissent chacun par leurs signes. »
Le wa (و) « et sur », indiquant une position ou un lieu.
Le mot ʿalā (على) « sur »
Les al‑aʿrāf (الأعلى) « les hauteurs » Nom pluriel de ʿurf, signifiant « sommet », « bord », ou « haut »., par extension : seuil, point d’observation élevé, espace-limite
يَعْرِفُونَ (yaʿrifūna) — « ils reconnaissent / ils savent ». Verbe actif, perception/connaissance. c’est‑à‑dire connaissent ou perçoivent subtilement, reconnaissant les formes, essences ou signatures propres de chaque être.
Le terme kullan (كل) « chacun » chaque individu.
Enfin, bisīmāhum (بسمهم) « par leur sīmā(h) » litt. « par leur signe/marque », سِيمَاء / سِمَاة sīmā = signe, marque, trait distinctif, empreinte. Usage coranique = marque distinctive permettant d’identifier.
=> Littéralement : ils connaissent/reconnaissent chacun (les gens) par leur(s) signature(s), leur(s) marque(s).
Les al‑aʿrāf (الأعلى) désigne les hauteurs, les crêtes ou les seuils perceptifs situés au dessus des jardins du paradis (jannah) et l’enfer (nār).
Les rijāl qui se tiennent sur ces hauteurs ne sont pas des spectateurs passifs. Le verbe يَعْرِفُونَ (yaʿrifūna) indique qu’ils possèdent une connaissance perceptive et intuitive : ils lisent les gens par leurs empreintes bisīmāhum (بسمهم) , leurs charges discernant les êtres par la signature des esprits au-delà de toute apparence physique. Ces rijāl fonctionnent comme des opérateurs de reconnaissance spirituelle : ils rendent visible la nature intérieure des âmes et identifient à quel groupe elles appartiennent — habitants du Jardin ou du Feu.
Le verset souligne que cette fonction de discernement se situe dans un espace intermédiaire : les rijāl ne sont pas encore dans le paradis, mais y aspirent. Entre eux et les deux groupes, un voile (hijab) sépare les champs. Leur rôle est d’observer, de reconnaître et de maintenir une posture d’interface, témoignant de ce qui se trouve de part et d’autre.
Herméneutiquement, al-Aʿrāf représente donc un seuil de jugement et de discernement spirituel, des lieux intermédiaires représentant un état de transition, un seuil entre deux champs vibratoires opposés, sur ce seuil les rijāl sont des lecteurs-vibratoires : ils nomment, identifient et situent les simas (empreintes, signatures) ou la distinction entre deux champs nar et jannah. En conclusion le hijab est une barrière qui agit comme un filtre et qui permet le discernement entre ce qui est juste (ḥaqq) et ce qui est faux (bāṭil) qui deviennent perceptible.
Sourate Al-Aʿrāf (7), verset 46
Arabe :
وَنَادَوۡا۟ أَصۡحَٰبَ ٱلۡجَنَّةِ أَن سَلَٰمٌ عَلَيۡكُمۡۚ لَمۡ يَدۡخُلُوهَا وَهُمۡ يَطۡمَعُونَ
Phonétique :
wa-nādaw aṣḥāba al-jannati an salāmun ʿalaykum, lam yadkhulūhā wa-hum yaṭmaʿūn(a)
Traduction française :
Ils appellent les compagnons du Paradis : « Paix sur vous ! » — ils ne sont pas encore entrés (au Paradis), bien qu’ils l’espèrent.
وَنَادَوْا (wa nādaw) : « et ils ont appelé »
Forme verbale signifiant « ils ont appelé », « ils ont crié », indiquant une action d'appel ou d'invitation.
أَصْحَابَ (aṣḥāba) : « les compagnons de » Pluriel de ṣāḥib, signifiant « compagnon », « membre », désignant ceux qui partagent un état ou une condition.
الْجَنَّةِ (al-jannati) : « le Jardin (le Paradis) » Nom signifiant « le Jardin », utilisé pour désigner le Paradis, le lieu de récompense divine.
- أَنْ سَلاَمٌ عَلَيْكُمْ (an salāmun ʿalaykum) – « en disant : Paix sur vous »
أَنْ (an) : Particule introduisant le discours direct.
سَلاَمٌ (salāmun) : Nom signifiant « paix », « salut ».
عَلَيْكُمْ (ʿalaykum) : « sur vous », indiquant la direction de l'action.
Ce segment décrit un moment où les rijal situés sur les Aʿrāf appellent les habitants du Paradis en disant : « Paix sur vous ». En miroir avec le Verset Sourate al-Anʿām 6.54
Sourate al-Anʿām Verset 6.54
« Et lorsque viennent vers toi ceux qui croient à nos versets (le Coran), dis: « Que la paix soit sur vous ! Votre Seigneur S'est prescrit à Lui-même la miséricorde. Et quiconque d'entre vous a fait un mal par ignorance, et ensuite s'est repenti et s'est réformé... Il est, alors, Pardonneur et Miséricordieux. »
fait référence à :
- d'une part l'ouverture de la poitrine à l'islam qui signale un retour de l'ignorance ; " Et quiconque d'entre vous a fait un mal par ignorance (jahālah), et ensuite s'est repenti et s'est réformé"
- et d'autre part les gens du paradis sont ceux qui aman (authentifient) les ayat ; signes du verbe ; " Et lorsque viennent vers toi ceux qui croient à nos versets (le Coran)"
donc le hijab fait la part entre les signes empreints du nar (mémoires) et les signes empreints de rahma ; la miséricorde divine (le dikhr)
- لَمْ يَدْخُلُوهَا (lam yadkhulūhā) – « ils ne l'ont pas pénétrée »
لَمْ (lam) : Particule négative, indiquant la négation de l'action.
يَدْخُلُوهَا (yadkhulūhā) : Forme verbale signifiant « ils ont pénétré », « ils sont entrés », avec hā comme pronom féminin pour « elle » (la Jannah).
وَهُمْ يَطْمَعُونَ (wa hum yaṭmaʿūn) – « alors qu'ils en désirent »
وَهُمْ (wa hum) : « et ils », indiquant le sujet de l'action.
يَطْمَعُونَ (yaṭmaʿūn) : Forme verbale signifiant « ils désirent », « ils espèrent », indiquant un désir ou une aspiration.
Cette dernière partie révèle que les rijāl al-Aʿrāf vivent dans un état de tension spirituelle consciente : ils discernent les signes, reconnaissent les habitants du Jardin et leur adressent la paix, mais demeurent eux-mêmes à la lisière. Leur ṭamaʿ (espoir) n’est pas un simple désir, mais une orientation du cœur qui aspire à franchir le seuil vers le champ de félicité. Cette position montre leur vigilance : ils savent que rien n’est acquis et que le cheminement spirituel reste ouvert. Lucides, ils perçoivent à la fois la lumière du Jardin et la possibilité du Feu, ce qui les maintient dans une posture de veille, d’humilité et d’espérance. Leur rôle d’interface traduit aussi le mouvement du nafs : oscillant entre la vision de la paix et la conscience du danger. Ainsi, leur station sur les hauteurs (al-Aʿrāf) est une école d’éveil : voir, discerner, espérer et toujours veiller pour atteindre la rencontre avec le divin.
Conclusion de ce verset ;
Les rijāl des Aʿrāf se distinguent par leur fonction spirituelle unique : porteurs d’un hijab intérieur qui maîtrise le nafs, ils accèdent à une vision subtile leur permettant de reconnaître les êtres par leurs sīmā. Ni passifs ni figés dans un statut social, ils sont des lecteurs-vibratoires et des gardiens du seuil, discernant entre le Jardin, manifestation du ḥaqq, et le Feu, reflet du bāṭil. Leur particularité tient à cette posture d’interface : lucides, humbles et vigilants, ils incarnent une conscience en éveil permanent, animée d’un espoir orienté vers la félicité, tout en demeurant dans la responsabilité du discernement.
72:6 évoque que les rijāl humains se réfugient auprès des rijal djinns, les jinns sont décrits dans le Sourate Ar-Rahmān (55), verset 15 comme des créatures "créées d'un mélange instable provenant du feu"
Sourate 55 AR-RAHMAN / الرحمن
Verset 55.15
وَخَلَقَ ٱلْجَآنَّ مِن مَّارِجٍۢ مِّن نَّارٍۢ
Wa Khalaqa Al-Jānna Min Mārijin Min Nārin
Et Il créa le jān provenant du mārij (mélange) provenant du feu
Analyse morphologique et racines
وَخَلَقَ (wa-khalaqa)
Racine : خ ل ق (kh-l-q)
Sens : créer, donner forme, proportionner, engendrer quelque chose de rien.
Lié au concept de khilqah (constitution, nature innée).
الْجَانَّ (al-jānna)
Racine : ج ن ن (j-n-n)
Sens de base : couvrir, cacher, dissimuler.
Jān = caché, invisible.
D’où : jinn (êtres occultes), jannah (jardin couvert), janīn (fœtus caché dans le ventre).
مَّارِجٍ (mārij)
Racine : م ر ج (m-r-j).
Sens fondamental : se mélanger, se confondre, s’agiter, être instable.
Dans Lane : mārij désigne une flamme mêlée de différentes couleurs, instable. Un feu mouvant, fluide, oscillant, sans fumée, subtil.
→ Ici avec le feu, mārij désigne un feu mélangé, instable
مِّن نَّارٍ (min nār)
Racine : ن و ر (n-w-r) et ن ي ر (n-y-r) selon certains lexiques.
Sens : feu, mais aussi lumière brûlante.
Nār ≠ nūr.
Nār = feu ardent, destructeur, combustion.
Nūr = lumière pure, guide, illumination.
→ Ici, nār est le feu-matière énergétique, par opposition à nūr qui serait la lumière immaculée.
Al-jān =caché, invisible, d’essence subtile.
Mārij min nār = un mélange fluide d’énergie ardente et instable issu d’un feu subtil
Étymologiquement, cela décrit : Une énergie ignée différente de la lumière (nūr), mais intermédiaire entre énergie et matière.
Verset Sourate Al-Jinn (72:6) :
Sourate Al-Jinn (72:6)
Arabe :
وَأَنَّهُۥ كَانَ رِجَالٌۭ مِّنَ ٱلْإِنسِ يَعُوذُونَ بِرِجَالٍۢ مِّنَ ٱلْجِنِّ فَزَادُوهُمْ رَهَقًۭا
Phonétique :
Wa 'Annahu Kāna Rijālun Mina Al-'Insi Ya`ūdhūna Birijālin Mina Al-Jinni Fazādūhum Rahaqāan
Traduction française :
Or, il y avait parmi les humains, des mâles qui cherchaient protection auprès des mâles parmi les djinns mais cela ne fit qu'accroître leur détresse. »
وَأَنَّهُ (wa-annahū)
وَ : particule de liaison (« et »).
أَنَّ : particule de subordination, introduit une phrase nominale, exprime l’insistance ou la causalité.
هُ : pronom suffixe (lui, cela).
Sens : « et que … », « et certes … »
كَانَ (kāna)
Racine : ك و ن (k-w-n) = être, exister, se constituer, advenir.
Forme : verbe au parfait, 3e pers. masc. sing.
Étymologie : désigne l’état d’être, mais aussi le processus d’actualisation (kawn = le cosmos en devenir).
Sens : « il y avait », « cela était », « exister ».
رِجَالٌ (rijālun)
Racine : ر ج ل (r-j-l) = marcher à pied, homme, appui sur le pied.
Pluriel de رَجُل (rajul) = homme.
Étymologie : associé au mouvement sur ses jambes, à la stabilité et au rôle actif.
Sens : « des hommes » mais aussi « des êtres humains actifs, incarnés ».
مِّنَ (mina) :
réposition : depuis, parmi, issu de.
الْإِنسِ (al-insi) ;
Racine : أ ن س (ʾ-n-s) = percevoir, être familier, visible, sociable.
Étymologie : ins (humain)
Sens : «ins / humains», en tant qu’êtres dont le coeur est ouvert et qui ont les perceptions vue et ouïe (76.2)
يَعُوذُونَ (yaʿūdhūna) :
Racine : ع و ذ (ʿ-w-ḏ) = chercher refuge, protection, se mettre à l’abri.
Forme : verbe, imparfait, 3e pers. masc. pluriel.
Étymologie : « adhérer à quelque chose pour éviter le mal », créer un lien de dépendance.
Sens : « ils cherchent refuge/protection ».
بِرِجَالٍ (birijālin)
Préposition بِ = avec, auprès de, par.
رِجَال = pôle masculin (même racine et analyse que plus haut).
Sens : « par les pôles masculins».
مِّنَ (mina)
Même préposition que plus haut : « depuis ».
الْجِنِّ (al-jinni)
Racine : ج ن ن (j-n-n) = être couvert, caché, invisible.
Mots dérivés : jannah (jardin caché), janīn (fœtus, caché dans l’utérus), majnoon (esprit voilé, fou).
Étymologie : le jinn est « ce qui est voilé au regard », « l’invisible ».
Sens : « les jinns », énergies entre la lumière et la matière non perceptibles.
فَزَادُوهُمْ (fa-zādūhum)
فَ : particule de conséquence (« alors, donc »).
زَادُو : verbe au parfait pluriel, racine ز ي د (z-y-d) = augmenter, croître, ajouter.
هُمْ : pronom suffixe = eux.
Sens : « alors ils les augmentèrent / accrurent ».
رَهَقًا (rahaqan)
Racine : ر ه ق (r-h-q) = couvrir, submerger, écraser, presser, contraindre.
Sens originel : « être couvert, oppressé, alourdi ».
Sens : « oppression, égarement, poids écrasant, violence subie ».
Sourate Al-Jinn (72:6)
Phonétique :
Wa annahu kāna rijālun mina al-insi yaʿūdhūna birijālin mina al-jinni…
Traduction :
Il y avait des mâles parmi les humains qui cherchaient protection auprès des mâles parmi les jinns…
Le Coran emploie le même terme rijāl pour les hommes et pour les jinn, montrant que cette fonction n’est pas exclusive aux humains. Cela souligne que le rajul ne désigne pas l’homme en tant qu’espèce, mais une capacité : celle de porter, structurer et de responsabilité envers le divin, qui peuvent se manifester aussi bien chez les humains que chez les jinn.
Ce verset mentionne comment certains rijal humains (rijāl, force humaine active, vecteur du Verbe) cherchent refuge auprès de rijal jinn donc un lien symbolique au feu igné. Et illustre une dérive du rappel, vers un champ invisible non purifié qui peut se dissoudre si elle est déconnectée de sa source spirituelle, notion reflétée par le mot رِهَقًا (rihaqan) dont la racine ر هـ ق évoque l'idée de suivre de près, de poursuivre ou de se coller à quelque chose ou dans un sens figuré, elle peut signifier l'idée de surcharge ou d'oppression.
Les jinn sont des créatures constituées d'un mélange issu d'une énergie (feu) mélange instable (marj) entre lumière et matière (55:15). Le verset 72:6 révèle que cette énergie est porteuse de charge : il possède une structure vibratoire contenant des charges oppressives, des mémoires ou des réminiscences marquées. Ainsi, lorsque le dhikr est porté par les jinn, leur support (le feu) se trouve imprégné de ces mémoires et énergies déjà marquées, reflétant la nature instable du jinn.
Le verset 21:7 dit que seuls des rijal ont été envoyés signifie que le message doit passer par des consciences capables de percevoir et de transmettre le rasul (message) autrement dit : la fonction de messager est intimement liée à la fonction de rajul. Le messager est celui qui porte, active et préserve le message dans la continuité de la révélation.
Sourate Al-Anbya (21:7)
وَمَآ أَرْسَلْنَا قَبْلَكَ إِلَّا رِجَالًۭا نُّوحِىٓ إِلَيْهِمْ ۖ فَسْـَٔلُوٓا۟ أَهْلَ ٱلذِّكْرِ إِن كُنتُمْ لَا تَعْلَمُون
Wa Mā 'Arsalnā Qablaka 'Illā Rijālāan Nūĥī 'Ilayhim Fās'alū 'Ahla Adh-Dhikri 'In Kuntum Lā Ta`lamūna
Nous n'avons envoyé avant toi que des rijals à qui Nous faisions des révélations. Demandez donc aux érudits du Rappel (dikhr), si vous ne savez pas.
وَمَا (wa-mā) wa : et / avec mā : ne… pas, négation, « rien » selon le contexte → « Et nous n’avons… pas »
أَرْسَلْنَا (arsalnā) racine : ر-س-ل (r-s-l) → envoyer, expédier, désigner forme : première personne pluriel, parfait → « Nous avons envoyé »
قَبْلَكَ (qablaka) qabla : avant, auparavant ka : toi (suffixe) → « avant toi »
إِلَّا (illā) exclamatif / restrictif : sauf, à l’exception de → « sauf »
نُّوحِي (nūḥī) racine : و-ح-ى (w-ḥ-y) → révéler, inspirer, communiquer par révélation ; forme : passive / première personne du pluriel → « à qui Nous révélons »
إِلَيْهِمْ (ilayhim) ilā : vers, à him : eux → « à eux »
فَسْأَلُوا (fa-saʾalū) ; racine : س-أ-ل (s-ʾ-l) → demander, interroger, rechercher une information forme : impératif pluriel → « donc demandez »
أَهْلَ (ahl) racine : أ-ه-ل (ʾ-h-l) → famille, gens, experts, possesseurs → « aux gens de… »
الذِّكْرِ (adh-dhikr) ; racine : ذ-ك-ر (dh-k-r) → rappel, mémoire, enseignement, écrit révélé → « du Rappel / de la Révélation »
إِن (in) ; si, au cas où → « si »
كُنتُمْ (kuntum) ; racine : ك-و-ن (k-w-n) → être, exister, forme : deuxième personne pluriel, imparfait → « vous êtes / étiez »
لَا (lā) ; négation : non, ne… pas→ « ne… pas »
تَعْلَمُونَ (taʿlamūn) ; racine : ع-ل-م (ʿ-l-m) → savoir, connaître, forme : deuxième personne pluriel, présent / imparfait → « vous savez »
Le verset indique : « Nous n’avons envoyé أَرْسَلْنَا (arsalnā) avant toi que des رِجَالًا (rijālan), à qui Nous révélions نُّوحِي (nūḥī) ». Ici il n’est pas dit nous avons envoyé un message (Risāla- رسالة) aux rijal mais « nous avons envoyé (arsalnā) des rijal » ce qui souligne que les rijāl sont le support direct de la révélation (wahy), capables de manifester la mémoire divine (dhikr). Autrement dit, les rijal sont le véhicule de la transmission divine et que la fonction de message envoyé (Risāla- رسالة) est indissociable de celle des rijal.
La fin du verset « Fās'alū 'Ahla Adh-Dhikri 'In Kuntum Lā Ta`lamūna » « Demandez donc à la « famille » du Rappel, si vous ne savez pas. » met en lumière une interaction avec la mémoire divine (dikhr) activée avec les 'Ahla Adh-Dhikri qui représentent le pôle masculin porteur et semeur de l'héritage autrement dit la fonction de rappel de la mémoire héritée du dépôt spirituel divin.
Les rijāl (رِجَال) apparaissent dans le Coran comme des entités actives, investies d’une fonction spirituelle sacrée "dans des demeures qu’Allāh a permis d’élever et où Son Nom est mentionné" les rijals "L’y glorifient matin et soir" (24.37). Ils sont vigilants car "ni le commerce ni la vente ne distraient du rappel d’Allāh". et veilleurs du rappel "Ils redoutent un Jour où les cœurs et les regards seront bouleversés" (24.37). Ils transmettant le Verbe Sourate Al-Anbya (21:7)
Les rijals se tiennent fermes devant leur engagement en prouvant leur authenticité auprès d'Allāh (16:91-92) "certains ont déjà accompli leur engagement, et d’autres attendent encore, sans rien changer à leur détermination", et concrétisent ce pacte par un processus de maturation intérieure. Ainsi, l’alliance (ʿahd) incarne la transmutation spirituelle, l’accomplissement intérieur et extérieur, et la manifestation du dhikr dans le monde. Les rijāl incarnent ainsi des sentinelles et gardiens du Verbe, préservant la lumière intérieure et empêchant sa dilution.
La mention du verbe (le dikhr Allah) constitue un trésor de guidance et de lumière accessible uniquement par la miséricorde du Rabb (الرَّحْمَنُ) sourate 38 (versets 9 à 11). Il se manifeste entre le ciel et la terre, véritable « laboratoire cosmique » où une alchimie se déroule comme un processus de transmutation intérieure et d’élévation spirituelle ouvrant "des voies d'accès" vers les sphères supérieures (38:10) qui relient le profane au sacré et qui révèlent les "trésors de la miséricorde divine".
La force du Rajul demeure inaltérable même face aux coalitions opposées, maintenant l’ordre divin et dissolvant les influences qui tenteraient de l’altérer (38:11). Dans les Aʿrāf, les rijāl se distinguent par leur rôle d’interface : porteurs d’un hijab intérieur, ils discernent subtilement les êtres par leurs sīmā, séparant le Jardin (ḥaqq) du Feu (bāṭil).
La fonction de rijal n’est pas exclusive aux humains : le Coran emploie le même terme pour les jinn, et le verset 72:6 illustre la dérive possible lorsqu’un rijāl insan (humain) se tourne vers des rijāl jinn, c’est-à-dire des champs voilés porteurs de rihaq (charges oppressives et mémorielles). Cela montre que la fonction des rijāl n’est pas seulement de recevoir le dhikr, mais de maintenir la pureté et la stabilité de la mémoire divine, même face à des influences instables.
Métaphysiquement, les rijāl apparaissent comme des agents de reconnaissance, de stabilisation et de fixation des formes alignées sur la voie divine. Leur rôle est d’ancrer le Verbe dans la réalité terrestre, en empêchant sa dispersion entropique.
Ils sont à la fois les porteurs du rappel de Dieu et les veilleurs de sa préservation. Ils représentent un pont entre visible et invisible, entre l’ombre et la lumière, entre la mémoire et l’oubli.
Les rijāl incarnent une disposition universelle, polarité sacrée dans les maisons de Dieu symbolisant les poitrines ouvertes à l'islam par la permission divine, ils sont les veilleurs et les sentinelles de la lumière divine, gardiens de l'axe de jonction entre la verticalité du divin et la profondeur du cœur, prenant racine dans l’humain lui-même dans sa polarité masculine et semeur du rappel et cette disposition demeure latente tant qu’elle n’est pas activée ; elle devient opérative seulement par l’alignement au rappel et par la fidélité au flux divin,
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