Partie II – L’essence d’un témoin
A. De la polarisation de la projection au Témoignage
1. Analogie scientifique
Pour saisir pleinement le processus de témoignage coranique, on peut l’éclairer par une analogie scientifique où une expérience ne peut être valide sans un repère stable et un instrument correctement calibré, faute de quoi les résultats seraient biaisés et inutilisables. De la même manière, le témoignage coranique ne peut être laissé aux impressions de la psyché humaine.
En science expérimentale, un témoin est un repère calibré, intégrant toutes les mesures nécessaires pour évaluer un phénomène. Il sert de référentiel fixe, permettant de détecter les variations et d’assurer la fiabilité des résultats. Sans témoin fiable, toute observation devient aléatoire et aucune conclusion ne peut être considérée comme valide. Le témoin scientifique est donc un référentiel complet, garant de la cohérence et de l’objectivité de l’expérience.
Le témoin mesure les écarts entre un état attendu et un état observé ou expérimenté. Il détecte les anomalies, les déviations et les distorsions. En étant complet et intégral, il permet non seulement de constater un résultat mais aussi de comprendre l’origine des variations et d’y remédier si nécessaire. La validité du relevé expérimental dépend entièrement de la précision et de l’étalonnage du témoin.
Dans le Coran, le shahīd (témoin) fonctionne sur le même principe : il n’est ni aléatoire ni subjectif, mais un référentiel absolu. Seul un témoin aligné sur un référentiel absolu de la réalité divine peut mesurer les écarts humains, discerner le vrai du faux et révéler les déviations par rapport à la loi divine. Le Coran insiste sur la précision du témoignage, qui ne peut être soumis ni à l’égo ni à la subjectivité humaine (voir 4.166 ).
Le Coran établit ainsi que le témoignage véritable procède d’un dispositif de calibration intérieure, témoignage de l’Unicité et les 4 témoins, qui garantissent la fiabilité du discernement et l’authenticité de la vérité révélée.
Sourate 4 AN-NISA' Verset 166
لَّٰكِنِ ٱللَّهُ يَشْهَدُ بِمَآ أَنزَلَ إِلَيْكَ ۖ أَنزَلَهُۥ بِعِلْمِهِۦ ۖ وَٱلْمَلَٰٓئِكَةُ يَشْهَدُونَ ۚ وَكَفَىٰ بِٱللَّهِ شَهِيدًا
Lakini Allāhu Yash/hadu Bimā 'Anzala 'Ilayka 'Anzalahu Bi`ilmihi Wa Al-Malā'ikatu Yash/hadūna Wa Kafá Billāhi Shahīdāan
Mais Allah témoigne de ce qu'Il a fait descendre vers toi, Il l'a fait descendre en toute connaissance. Et les Anges en témoignent. Et Allah suffit comme témoin.
Pour que le nafs devienne témoin de lui-même, il est impératif que le Référentiel divin soit déjà établi : sans étalonnage divin, le nafs ne peut ni discerner le vrai et le faux ni ses propres failles. Toute prétention à l’auto-évaluation ou au jugement serait alors déformée par les projections, l’ego ou le mensonge latent. La réformation intérieure, qui repose sur la prise de conscience de ses écarts, n’est possible qu’en présence d’un témoin universel aligné sur la Réalité divine.
2. La polarisation : du "UN" au "DEUX"
Le message divin est semblable à la lumière qui se projette dans le nafs, lorsqu’un rayon lumineux rencontre un milieu, la façon dont il se déploie dépend de la symétrie interne du milieu. Si le milieu est isotrope (comme un cristal parfaitement transparent), la lumière s’y propage sans déformation : la projection conserve sa cohérence. Par contre si le milieu est anisotrope (structuré de façon directionnelle, comme un cristal biréfringent ou une surface polarisante), la lumière se décompose en deux composantes orthogonales : une projection directe et une projection retardée.
Ce phénomène est appelé polarisation : la lumière prend une orientation spécifique selon la structure du milieu. Cela revient à dire que la lumière adopte la symétrie du milieu qu’elle traverse.
Le Coran rappelle que :
Sourate AD-DARIYAT Verset 49
49وَمِن كُلِّ شَىْءٍ خَلَقْنَا زَوْجَيْنِ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ
49 Wa Min Kulli Shay'in Khalaqnā Zawjayni La`allakum Tadhakkarūna
49 Et de toute chose Nous avons créé [deux éléments] de couple. Peut-être vous rappellerez-vous ?
L’Unicité (Aḥad) est indivisible, mais lorsqu’elle se projette dans le nafs humain, elle apparaît polarisée avec la partie émise et la partie intégrée autrement dit le message se déploie dans le nafs en deux polarisations. Cette polarisation n’est pas une division, mais une projection, comparable à la lumière unique qui se manifeste selon des axes de polarisation. La sourate 24 Nour est introduite avec cette polarisation de la lumière en 24.2 et embraie sur la fondation des 4 témoins.
Le nafs peut être comparé à un matériau (il a été créé de terre): selon sa pureté ou sa densité, il influence la façon dont la lumière divine est reçue et orientée . Un nafs obscurci (métaphorisé par le coeur durci dans le Coran) agit comme un matériau dense et déformant, et la lumière qui le traverse se polarise de manière biaisée. À l’inverse, un nafs purifié se comporte comme un cristal transparent, permettant à la polarisation de s’aligner sur l’axe divin, révélant la clarté et la vérité du message.
Les projections sont des extensions de la psyché. Elles sont maintenues dans la forme par les polarités qui maintiennent l’énergie nécessaire à leur existence. Si ces projections deviennent transgressives ou fausses, elles créent un faux référentiel dans le nafs. En résumé, le nafs agit comme un filtre, un miroir ou un prisme, imposant un cadre qui oriente la lumière.
La polarisation mâle ou masculin est associée à l’axe actif du nafs, émissif et extériorisant, la projection polarisée mâle du message (lumière divine) est traitée dans les sourates traitant du rassul, du rijal et du nabi, en particulier sourate 33 en tant que polarités projectives et semeuses du verbe.
La polarité femelle, liée à l’axe matriciel du nafs, intégratif et alimentant la mémoire du nafs, constitue la dimension qui soutient et irrigue les structures profondes de la psyché, façonnant et nourrissant les processus cognitifs du nafs. Ces pôles d'intégration de la lumière sont évoqués dans plusieurs sourates, mais le processus complet de matrice (nissa) et projection (zawj) est particulièrement traité dans la sourate 4 (Nissa)
Ces pôles sont des miroirs de projection et d'intégration de l'information et mémoire qui permettent au nafs de se projeter et de se percevoir, de s'intégrer et de se reconnaitre dans sa propre lumière comme la lumière devient visible lorsqu’elle rencontre une surface.
Ainsi, dans le Coran certains termes comme "Fālşşāliĥātu Qānitātun" alors les connectées pures (4.34), marquent une polarisation femelle alignée à l'intérieure du nafs, "Wa Al-Lātī Ya'tīna Al-Fāĥishata" et celles qui viennent déformées (4.15) marquent une polarité femelle désalignée, "Az-Zāniyatu Wa Az-Zānī" l'enjoliveuse et l'enjoliveur (24.2) marquent les deux polarités le mâle et la femelle. Tous ces termes sont des qualificatifs des projections du nafs et n’indiquent pas des entités biologiques, mais des polarisations projetées de la lumière unique habillant un code de la lumière intégré par le nafs, ces formations polarisées symbolisent des structures internes formant un axe de résonance avec la substance du coeur, et elles sont traitées dans le Coran comme des formations à part entière.
Sourate 24 Nour Verset 2
2ٱلزَّانِيَةُ وَٱلزَّانِى فَٱجْلِدُوا۟ كُلَّ وَٰحِدٍۢ مِّنْهُمَا مِا۟ئَةَ جَلْدَةٍۢ ۖ وَلَا تَأْخُذْكُم بِهِمَا رَأْفَةٌۭ فِى دِينِ ٱللَّهِ إِن كُنتُمْ تُؤْمِنُونَ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ ۖ وَلْيَشْهَدْ عَذَابَهُمَا طَآئِفَةٌۭ مِّنَ ٱلْمُؤْمِنِينَ
2 Az-Zāniyatu Wa Az-Zānī Fājlidū Kulla Wāĥidin Minhumā Miā'ata Jaldatin Wa Lā Ta'khudhkum Bihimā Ra'fatun Fī Dīni Allāhi 'In Kuntum Tu'uminūna Billāhi Wa Al-Yawmi Al-'Ākhiri Wa Līash/had `Adhābahumā Ţā'ifatun Mina Al-Mu'uminīna
2 La transgressive (polarisée f) et le transgressif (polarisé masculin), alors flagellez-les chacun depuis eux de cent coups. Et ne vous saisissez pas par eux deux de grâce dans la dette d'Allah, si vous êtes mumin (croyants) par Allah et au Jour dernier et pour que témoignent au tourment des deux au tawaf (cycle) des deux depuis les mumin (croyants)
Le mot Ţā'ifatun a la même racine que tawaf signifie ; tourner, graviter, parcourir, circumbulation
Dans la sourate 24 la projection est la polarisation d'une sourate ou du messager (24.1) au niveau de l'entité entière nafs (24.6), les polarisations (24.2) représentent deux surfaces de projection intrinsèques qui polarisent et intégrent une conscience de ce message, lorsque les deux polarités sont opposées au messager "Az-Zāniyatu Wa Az-Zānī" (24.2) alors il s'agira de mortifier la peau, symbolisant un réajustement psychique du nafs en écho au verset 39.23 (puis leurs peaux et leurs cœurs s'apaisent au rappel d'Allah). Ne pas leur donner les grâces divines et ne pas témoigner de ces formations transgressives autrement dit ne pas habiller ces projections pour que puisse témoigner le nafs mumin de leur cycle de mort.
Sourate 39 AZ-ZUMAR / LES GROUPES
Verset 39.23
ٱللَّهُ نَزَّلَ أَحْسَنَ ٱلْحَدِيثِ كِتَٰبًۭا مُّتَشَٰبِهًۭا مَّثَانِىَ تَقْشَعِرُّ مِنْهُ جُلُودُ ٱلَّذِينَ يَخْشَوْنَ رَبَّهُمْ ثُمَّ تَلِينُ جُلُودُهُمْ وَقُلُوبُهُمْ إِلَىٰ ذِكْرِ ٱللَّهِ ۚ ذَٰلِكَ هُدَى ٱللَّهِ يَهْدِى بِهِۦ مَن يَشَآءُ ۚ وَمَن يُضْلِلِ ٱللَّهُ فَمَا لَهُۥ مِنْ هَادٍ
Allāhu Nazzala 'Aĥsana Al-Ĥadīthi Kitābāan Mutashābihāan Mathāniya Taqsha`irru Minhu Julūdu Al-Ladhīna Yakhshawna Rabbahum Thumma Talīnu Julūduhum Wa Qulūbuhum 'Ilá Dhikri Allāhi Dhālika Hudá Allāhi Yahdī Bihi Man Yashā'u Wa Man Yuđlili Allāhu Famā Lahu Min Hādin
Allah a fait descendre le plus beau des HADITHS, un Livre dont [certains versets] se ressemblent et se répètent. Les peaux de ceux qui redoutent leur Seigneur frissonnent (à l'entendre); puis leurs peaux et leurs cœurs s'apaisent au rappel d'Allah. Ceci est la guidée d'Allah par lequel Il guide qui Il veut. Mais quiconque Allah égare n'a point de guide.
B. De l'Un aux Quatre :
1. De la polarisation aux 4 témoins :
De même qu’une lumière polarisée révèle un axe d’oscillation, il faut plusieurs axes pour reconstituer l’onde complète, le Coran montre que le témoin n’a de sens qu’à travers un système orthonormé divin pour la calibration et la filtration de la projection polarisée.
Pour qu’un discernement soit acté, il faut un quadrillage complet. C’est le rôle des « quatre témoins » exigés dans 4:15, 24:4 et 24:13.
Ces quatre témoins ne sont pas « quatre individus sociaux », mais quatre repères cardinaux absolus divins :
Si la polarisation révèle un axe de projection, les quatre témoins forment un cadre complet de référentiels harmoniques dans l’espace du nafs qui élimine tout aléa subjectif. Le nafs devient alors témoin de lui-même et des ses propres failles
2. Témoignage de l'unicité
C’est le témoignage de l’unicité qui fait surgir les quatre témoins qui en sont la projection différenciée en 4 pôles de stabilité..
Sourate 24 Nour Verset 6
Wa Al-Ladhīna Yarmūna 'Azwājahum Wa Lam Yakun Lahum Shuhadā'u 'Illā 'Anfusuhum Fashahādatu 'Aĥadihim 'Arba`u Shahādātin Billāhi 'Innahu Lamina Aş-Şādiqīna
Et ceux qui chargent (Yarmūna) leurs dualités (zawj) , et sans être pour eux témoins (Wa Lam Yakun Lahum Shuhadā'u) sauf leur nafs ('Illā 'Anfusuhum) alors témoigne "l'unique" d'eux (Fashahādatu 'Aĥadihim) 4 témoins par Allah ('Arba`u Shahādātin Billāhi) Certes il est certainement parmi les véridiques.
Et ceux qui ont conscience que leurs polarités emettent des corruptions et ne sont pas témoins de la corruption (n'habillent pas la corruption) sauf leur nafs c'est parceque les 4 témoins issus de LEUR projection de l'UNICITE témoignent de la vérité.
Ce verset dit deux choses ;
Le témoin primaire est le nafs lui-même :
Le texte dit : إِلَّا أَنفُسُهُمْ (‘Illā Anfusuhum) → « sauf leur propre être intérieur ». Cela signifie que lorsque un nafs projette des distorsions (Yarmūna 'Azwājahum), le nafs peut être conscient de ses propres projections, il devient lui-même témoin contre lui-même et il perçoit, ressent ou connaît sa propre distorsion.
Le témoin est alors l’auto-conscience du nafs par son "unicité" et ses 4 témoins intérieurs, il devient son propre observateur de ses projections déformées dans son zawj (sa projection).
Quand le nafs n’est pas témoin de lui-même
La grammaire ne dit pas : « ils ne peuvent jamais avoir d’autres témoins » ; elle dit : Wa Lam Yakun Lahum Shuhadā'u 'Illā 'Anfusuhum → « ils n’ont pas de témoins, sauf leur propre nafs ».
Si le nafs n’est pas lui-même témoin de la distorsion de son zawj, d’autres entités ou champs contraires peuvent alors intervenir pour maintenir cette torsion, sans que le nafs en soit témoin. Autrement dit, ce témoin n’est ni neutre ni divin ; il agit en opposition, rendant le nafs inconscient de ses propres failles et soutenant ainsi la projection déformée.
Le verset poursuit : Fashahādatu Aḥadihim Arba`u Shahādātin Billāhi → « alors témoigne l'"unicité d'eux": alors faites quatre témoignages par Allah ».
Ici le verset expose deux niveaux :
- Quand le nafs est conscient de sa propre distorsion c'est parceque il témoigne de l'unicité et et produit 4 témoins contrebalancent la distorsion et rend le nafs témoin de lui-même. Lorsqu'il n'est pas témoin de sa propre distorsion alors un relais prend la place du témoin qui ne provient pas de l'unicité.
- Ces « quatre témoins » ne sont pas des individus sociaux, mais des référentiels absolus issus de l’Unicité qui fonctionnent comme 4 référentiels cardinaux qui donnent l’orientation qui corrigent l’aléa et la distorsion.
Une fois la polarisation de l'uncité déployée dans le nafs, elle se purifie en partitionnant par la connaissance et se stabilise dans un repère orthonormé par l'Uncité qui permet le témoignage auto référentiel et le nafs devient témoin et observateur de lui-même depuis 4 repères dimentionnels, conscient de ses propres distorsions, le témoignage devient alors une prise de conscience de ses propres failles.
Le témoin (shahīd) n’est donc pas une opinion humaine, c’est une projection calibrée de la vérité divine qui garantit que le discernement ne dépend pas de la subjectivité humaine ni des désirs égoiques. Il est un repère d'observation interne calibré sur la réalité divine et capable d'observer et de faire prendre conscience au nafs de ses propres failles.
3. La balance : verset 65.2 : Le terme Dhaway `Adlin
Le verset 65.2 évoque
Sourate 65 AT-TALAQ / LE DIVORCE
Verset 65.2
2فَإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَأَمْسِكُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ أَوْ فَارِقُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍۢ وَأَشْهِدُوا۟ ذَوَىْ عَدْلٍۢ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا۟ ٱلشَّهَٰدَةَ لِلَّهِ ۚ ذَٰلِكُمْ يُوعَظُ بِهِۦ مَن كَانَ يُؤْمِنُ بِٱللَّهِ وَٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ ۚ وَمَن يَتَّقِ ٱللَّهَ يَجْعَل لَّهُۥ مَخْرَجًۭا
2 Fa'idhā Balaghna 'Ajalahunna Fa'amsikūhunna Bima`rūfin 'Aw Fāriqūhunna Bima`rūfin Wa 'Ash/hidū Dhaway `Adlin Minkum Wa 'Aqīmū Ash-Shahādata Lillāhi Dhālikum Yū`ažu Bihi Man Kāna Yu'uminu Billāhi Wa Al-Yawmi Al-'Ākhiri Wa Man Yattaqi Allāha Yaj`al Lahu Makhrajāan
2 Alors si (Fa'idhā) elles atteignent, transmettent (Balaghna), alors retenez-les (Fa'amsikūhunna) par la connaisance acquise (Bima`rūfin), ou partitionnez-les ('Aw Fāriqūhunna) par la connaissance acquise (Bima`rūfin) et faites témoigner (Wa 'Ash/hidū) deux possesseurs de la balance (Dhaway `Adlin) parmi les vôtres (Minkum) et établissez le témoignage (Wa 'Aqīmū Ash-Shahādata) pour Dieu (Lillāhi). Ceci est une fortification (Dhālikum Yū`ažu) par Lui (Bihi) celui qui était assuré (Man Kāna Yu'uminu) par Allah et au Jour dernier (Wa Al-Yawmi Al-'Ākhiri ). Et quiconque craint Allah, Il Lui donnera une issue favorable (Wa Man Yattaqi Allāha Yaj`al Lahu Makhrajāan).
Alors si les dualités transmettent (le message), signifie que deux messages sont transmis l'un est aligné l'autre est transgressif alors retenez-les par la connaissance acquise (Bima`rūfin), ou séparez-les par la connaissance et faites témoigner deux possesseurs de la balance (Dhaway `Adlin) parmi les vôtres et établissez le témoignage pour Dieu . Ceci est une fortification par Lui celui qui était assuré par Allah et au Jour dernier. Et quiconque craint Allah, Il Lui donnera une issue favorable.
Le mot بَلَغْنَا (balaghna) vient de la racine ب-ل-غ (b-l-gh), dont le sens fondamental est : atteindre, parvenir à, arriver jusqu’à un point donné, et par extension, transmettre jusqu’à ce point.
Dhaway (ذَوَيْ) est le duel de dhū : “les deux possesseurs de”.
ʿAdlin: ʿAdl (عَدْل) dérive de la racine ʿ–d–l (ع د ل), dont le sens de base est de faire même, faire du niveau, fixer un équilibre approprié, restaurer à l'équilibre
(Lane’s Lexicon, racine ʿadl)
Donc, ʿadl est le fait de ramener un déséquilibre à la juste mesure, d’établir une balance interne. Autrement dit, ce n’est pas une qualité extérieure, mais une calibration intérieure du champ du nafs. Le ʿadl est le fait de ramener un déséquilibre à la juste mesure interne.
Il s’agit donc de deux référentiels de calibration, deux pôles équilibrants dans le champ, exactement comme en physique, une balance a deux plateaux pour rétablir le niveau. Ce sont les deux “témoins-référentiels” qui garantissent que le champ du nafs (ou la projection zawj) se réaligne selon la mesure divine.
Le verset 65:2 décrit le processus par lequel le nafs filtre la lumière ou les informations à travers la balance divine, principe d’équilibre et de vérité. Lorsque les dualités (zawj) transmettent alors il s'agira de faire le tri des connaissance et deux voies se présentent : les retenir « par le maʿrūf » (la connaissance) ou les partitionner « par le maʿrūf ». Ici, le maʿrūf désigne la reconnaissance et individuation ou prise de conscience claire de ce qui est reconnu comme juste, après discernement de ce qui était faussé à la lumière du Référentiel divin, c’est la reconnaissance du faux après dévoilement de la réalité absolue.
À ce stade, le passage se fait des deux polarités initiales à l’apparition des témoins : les « deux possesseurs de la balance » (dhaway ʿadlin minkum) apparaissent comme points de référence garantissant la symétrie du réajustement. Le témoignage « pour Allāh » marque que toute réharmonisation doit s’opérer selon ce référentiel absolu. Alors, le nafs qui traverse ce processus atteint une issue favorable (makhrajan) signe d’un relâchement énergétique et d’un retour à l’équilibre originel.
B. Les 4 témoins
1. La Mesure
Le verset 4.15 évoque ;
Sourate 4 Nissa Verset 15
15وَٱلَّٰتِى يَأْتِينَ ٱلْفَٰحِشَةَ مِن نِّسَآئِكُمْ فَٱسْتَشْهِدُوا۟ عَلَيْهِنَّ أَرْبَعَةًۭ مِّنكُمْ ۖ فَإِن شَهِدُوا۟ فَأَمْسِكُوهُنَّ فِى ٱلْبُيُوتِ حَتَّىٰ يَتَوَفَّىٰهُنَّ ٱلْمَوْتُ أَوْ يَجْعَلَ ٱللَّهُ لَهُنَّ سَبِيلًۭا
15 Wa Al-Lātī Ya'tīna Al-Fāĥishata Min Nisā'ikum Fāstash/hidū `Alayhinna 'Arba`atan Minkum Fa'in Shahidū Fa'amsikūhunna Fī Al-Buyūti Ĥattá Yatawaffāhunna Al-Mawtu 'Aw Yaj`ala Allāhu Lahunna Sabīlāan
15 Et celles (Wa Al-Lātī) de la transgression (Al-Fāĥishata ) depuis vos polarités femelles (Min Nisā'ikum) alors témoignez (Fāstash/hidū) contre elles (`Alayhinna) quatre ( 'Arba`atan) depuis les vôtres (Minkum) alors s’ils témoignent ( Fa'in Shahidū ) alors retenez les (Fa'amsikūhunna ) dans les demeures (Fī Al-Buyūti ) jusqu’à (Ĥattá ) leur accomplir, décharger ( Yatawaffāhunna) la mort (Al-Mawtu ) ou Allah fait sur elles ( 'Aw Yaj`ala Allāhu Lahunna ) une voie d’accès (Sabīlāan )
Les versets antécédents évoquent l'obéissance à Allah et à son messager :
4.13 Tels sont les ordres d'Allah. Et quiconque obéit à Allah et à Son messager, Il le fera entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Et voilà la grande réussite.
4.14 Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, et transgresse Ses ordres, Il le fera entrer au Feu pour y demeurer éternellement. Et celui-là aura un châtiment avilissant.
Les versets précédents posent le principe de l’obéissance à Allah et à Son Messager. La suite s’attache au Messager lui-même et déploie la méthode de filtrage au sein du nafs par laquelle sa guidance peut être discernée, triée et intégrée, révélant ainsi le mécanisme interne de la transgression ou de la reconnaissance de la Vérité.
4.15 Et celles (de vos polarités) transgressives depuis vos matrices nissa, alors témoignez contre elles ( (comparez-les, faites la balance) faites 4 depuis les vôtres (vos 4 témoins issus de l'unicité) alors s'ils témoignent (si les témoins existent) alors retenez-les (les transgressives) dans leur lieu de repos jusqu'à ce que leur soit accompli ou déchargé la mort (Yatawaffāhunna Al-Mawtu) ou Allah fait sur elles (les transgressives) une voie alternative (les réforme).
Les nissāʾ fonctionnent comme des matrices énergétiques (elles transforment la semence en nourriture verset 4.4) du nafs. Elles constituent les demeures (les individuations du nafs), c’est-à-dire les cadres de projection dans lesquels le nafs maintient sa réalité perçue. Elles alimentent et maintiennent la projection en énergie, en repères, en mémoire. Chaque nissa agit comme un programme de cohérence interne : elle donne forme, rôle, orientation et continuité à une version particulière du nafs, ces parties du nafs sont comme des formations animées par la psyché.
Les transgressives et les transgressifs de ces formations n'apparaissent qu'en symétrie des 4 témoins qui servent de référentiel absolu, tant que ces 4 témoins n'existent pas, le nafs ne peut pas être témoin ni observateur de lui-même et des ses propres formations transgressives. Leur fonction : comparer, calibrer, et révéler la déviation par rapport au message divin (réceptivité transgressive du nafs / polarité femelle).
Les 4 témoins sont donc des référentiels divins, des balances qui permettent de détecter les failles et le faux du nafs dans ses propres projections polarisées du message ou de la lumière divine.
Quand les 4 référentiels témoignent contre elles (les formations transgressives), la déviation est reconnue et identifiée comme fausse / désalignée.
« Retenez-les dans vos demeures (prenez-en conscience dans vos nafs) jusqu’à ce qu’elles soient saisies par la mort »
→ La « mort » ici est l’achèvement / extinction des formations transgressives alimentées par la matrice transgressive du nafs (fin du cycle de la projection qui subit le désalignement). Les polarités transgresssives sont évacuées par la mort ou destinées à être corrigées.
La saisie par la mort de la formation transgressive est l'achèvement du cycle de la nissa, soit elles sont "déchargées" (purifiées) soit une réforme est planifiée par Allah (réalignement).
2. Mot-clé : les mots "Yatawaffāhunna Al-Mawtu" ou cycle de la mort
Les mots "Yatawaffāhunna Al-Mawtu" du verset 4.15 ne sont pas la mise à mort de femmes comme le voudraient certains exégètes, il s'agit du cycle de décharge des matrices porteuses de polarités transgressives. Ces polarités transgressives se manifestent comme des formations psychiques que le nafs lui-même a générées par projection, leur conférant existence à partir de sa substance réelle et influence au sein de sa structure interne, des structures transgressives alimentées par les matrices.
C'est parceque le référentiel 4 témoins existe que ces formations transgressives sont révélées et c'est à ce moment là qu'elles sont déchargées par le cycle de la mort.
On retrouve ce cycle de la mort dans d'autres verset notamment le 39:42 indiquant que Dieu accomplit le cycle de la mort de la nafs à laquelle il a décrété la mort (Allāhu Yatawaffá Al-'Anfusa Ĥīna Mawtihā).
Sourate 39 AZ-ZUMAR / LES GROUPES
Verset 39.42
ٱللَّهُ يَتَوَفَّى ٱلْأَنفُسَ حِينَ مَوْتِهَا وَٱلَّتِى لَمْ تَمُتْ فِى مَنَامِهَا ۖ فَيُمْسِكُ ٱلَّتِى قَضَىٰ عَلَيْهَا ٱلْمَوْتَ وَيُرْسِلُ ٱلْأُخْرَىٰٓ إِلَىٰٓ أَجَلٍۢ مُّسَمًّى ۚ إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَءَايَٰتٍۢ لِّقَوْمٍۢ يَتَفَكَّرُونَ
Allāhu Yatawaffá Al-'Anfusa Ĥīna Mawtihā Wa A-Atī Lam Tamut Fī Manāmihā Fayumsiku Allatī Qađá `Alayhā Al-Mawta Wa Yursilu Al-'Ukhrá 'Ilá 'Ajalin Musammáan 'Inna Fī Dhālika La'āyātin Liqawmin Yatafakkarūna
Allah accomplit le cycle des nafs jusqu"au moment de sa mort et celles qui ne meurent pas dans leur lieu de stagnation, sommeil (Fī Manāmihā) Alors Il retient celles à qui Il a décrété la mort, et Il envoie les différées jusqu'à un délai précisément déterminé. Il y a certainement là des preuves pour des gens qui réfléchissent.
On y retrouve les mots : Yatawaffá Ĥīna Mawtihā accomplissement du cycle de mort du nafs / Fī Manāmihā: lieu de repos traduit par sommeil / Fayumsiku : Il les retient (les = nafs)
Wa Yursilu Al-'Ukhrá 'Ilá 'Ajalin Musammáan : Il envoie les différées jusqu'à un délai précisément déterminé. Ce mécanisme est analogue à un cycle différé des matrices : les polarités restent en latence, stockent des mémoires, puis sont réactivées ou purifiées au moment exact de leur cycle.
Dans le verset 2.281
Sourate 2 AL-BAQARA / LA VACHE
Verset 281
وَٱتَّقُوا۟ يَوْمًۭا تُرْجَعُونَ فِيهِ إِلَى ٱللَّهِ ۖ ثُمَّ تُوَفَّىٰ كُلُّ نَفْسٍۢ مَّا كَسَبَتْ وَهُمْ لَا يُظْلَمُونَ
Wa Attaqū Yawmāan Turja`ūna Fīhi 'Ilá Allāhi Thumma Tuwaffá Kullu Nafsin Mā Kasabat Wa Hum Lā Yužlamūna
Et préservez-vous (Wa Attaqū) du jour (Yawmāan) où vous serez ramenés, reconduits, renvoyés (Turja`ūna) dans Lui l'unicité Allāh (Fīhi 'Ilá Allāhi) puis (Thumma) il/elle sera accompli intégralement (Tuwaffá) chaque nafs (Kullu Nafsin) ce qu’elle a acquis (Mā Kasabat) et ils ne seront pas lésés ( Wa Hum Lā Yužlamūna)
Il s’agit du même processus qu'en 4:15
Et préservez-vous du moment où vous serez reharmonisé dans le champ unifié divin puis le nafs sera accompli intégralement / payé en totalité la charge qu'elle a acquise et ils ne seront pas lésés.
On peut comparer le tawaffī à ce que l’on appelle en physique la relaxation mécanique : c’est le moment où un système saturé restitue l’énergie qu’il avait accumulée et retrouve son équilibre. Cette énergie, (stockée dans les nissas / polarité femelle) restituée ensuite intégralement correspond à la dette ; le tawaffī représente alors le rééquilibrage du nafs : les polarités transgressives sont déchargées ou relaxées, tandis que les alignées sont restituées, renvoyées. Le yawm (jour) correspond au moment où le nafs, témoin de l’unicité, subit une réharmonisation à travers les quatre témoins, comparé à son ancien référentiel désaligné dû au conditionnement. Lorsque la fréquence du nafs est ramenée à sa valeur d’origine, il expérimente une réversion référentielle complète au sein du champ d’inclusion, c’est-à-dire le rappel au champ unifié, Allāh.
Le verset décrit alors le moment de restitution énergétique : tout nafs est “relaxé” de sa dette énergétique; une mémoire (tuwaffā). Le yawm n’est pas un “jour du jugement” linéaire, mais le moment où le nafs relâche ses formations erronées en faisant émerger ses 4 témoins issus de l'unicité et s'y harmonise, il revient alors à sa source. Mais plus son référentiel est différé plus le retour demande une grande relaxation mécanique et restitution énergétique (la mémoire).
En d’autres termes : le témoignage est un mécanisme cosmique de recalibration. Les faux sont dévoilés parceque le référentiel absolu a émergé et calibre 4 référentiels, 4 témoins, 4 balances et 4 repères d'observations de soi-même, équilibrage de la mesure qui relèvent alors la présence des états transgressifs du nafs soit ces états sont déchargés ou relaxés c'est le tawaf soit ils sont recalibrés, selon la possibilité de réconciliation avec le Référentiel divin.
Le processus de témoignage est donc un mécanisme de comparaison à un référentiel absolu, une balance permettant de relever les écarts et identifier comme faux ou transgressif des projections du nafs et permet de valider ce qui est aligné avec le message et de décharger les charges impures. C'est pour ces raisons que le Messager est témoin contre les peuples, c’est-à-dire qu’il est le référentiel qui permet de détecter les écarts par rapport à la Vérité absolue, exactement comme un processus calibré permet de détecter des variations dans une mesure scientifique.
3. Des unions aux 4 ailes
Dans le verset 4.3
Sourate 4 An-nisa' / Les femmes
Verset 4.3
وَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تُقْسِطُوا۟ فِى ٱلْيَتَٰمَىٰ فَٱنكِحُوا۟ مَا طَابَ لَكُم مِّنَ ٱلنِّسَآءِ مَثْنَىٰ وَثُلَٰثَ وَرُبَٰعَ ۖ فَإِنْ خِفْتُمْ أَلَّا تَعْدِلُوا۟ فَوَٰحِدَةً أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَٰنُكُمْ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰٓ أَلَّا تَعُولُوا۟
Wa 'In Khiftum 'Allā Tuqsiţū Fī Al-Yatāmá Fānkiĥū Mā Ţāba Lakum Mina An-Nisā' Mathná Wa Thulātha Wa Rubā`a Fa'in Khiftum 'Allā Ta`dilū Fawāĥidatan 'Aw Mā Malakat 'Aymānukum Dhālika 'Adná 'Allā Ta`ūlū
Et si vous craignez (Wa 'In Khiftum) de n'être pas justes dans la mesure ('Allā Tuqsiţū ) dans les non identfiés provenant du ghayb ( Fī Al-Yatāmá), alors unissez (Fānkiĥū) ce qui est bon pour vous (Mā Ţāba Lakum) depuis les polarités femelles (reçues) (Mina An-Nisā) 2 et 3 et 4 (Mathná Wa Thulātha Wa Rubā`a) alors si vous craignez (Fa'in Khiftum 'Allā) de déséquilibrer la balance (Ta`dilū) alors une seule (Fawāĥidatan), ou ce que vous possedez de vos serments ('Aw Mā Malakat 'Aymānukum). Cela est plus accessible pour ne pas dépasser (Dhālika 'Adná 'Allā Ta`ūlū).
Le verset 4:3 (An-Nisāʾ) traite des polarités femelles (nissāʾ) comme principes d’équilibrage au sein du nafs. Il expose la mise en ordre des forces selon la mesure divine.
Les nissāʾ fonctionnent comme des matrices énergétiques du nafs. Elles constituent les demeures (comme des personnalités ou individuation de la psyché), c’est-à-dire les cadres de projection par lesquels le nafs maintient ses formations perçues, et tous les termes définis dans ce verset ne sont pas arbitraires : ils correspondent aux repères de mesure qui équilibrent le nafs (4.1). Le verset souligne le rôle de maintenir l’équilibre dans une fragmentation en unissant 2 et 3 et 4 nissas afin de ne pas dépasser ou déséquilibrer la nafs mais les agents de l'équilibre ne sont pas des créatures humaines.
Les mots employés ici ne ne relèvent pas des jugements humains, mais désignent la juste balance et l’équilibre absolus selon le Référentiel divin, ils appartiennent au champ lexical de la balance et de la mesure divine ; Rubā`a, qisṭ, ʿadl, taʿdil ; autant de termes qui renvoient à l’équilibre précis du champ intérieur et à la balance subtile de la justice divine.
La structure du verset 4:3 repose sur plusieurs mots-clés :
Le mot 4 Rubā`a
- 4 Rubā`a du 4.3 dans le verset 2.260:
Sourate 2 AL-BAQARA / LA VACHE
Verset 2.260
260وَإِذْ قَالَ إِبْرَٰهِۦمُ رَبِّ أَرِنِى كَيْفَ تُحْىِ ٱلْمَوْتَىٰ ۖ قَالَ أَوَلَمْ تُؤْمِن ۖ قَالَ بَلَىٰ وَلَٰكِن لِّيَطْمَئِنَّ قَلْبِى ۖ قَالَ فَخُذْ أَرْبَعَةًۭ مِّنَ ٱلطَّيْرِ فَصُرْهُنَّ إِلَيْكَ ثُمَّ ٱجْعَلْ عَلَىٰ كُلِّ جَبَلٍۢ مِّنْهُنَّ جُزْءًۭا ثُمَّ ٱدْعُهُنَّ يَأْتِينَكَ سَعْيًۭا ۚ وَٱعْلَمْ أَنَّ ٱللَّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌۭ
260 Wa 'Idh Qāla 'Ibrāhīmu Rabbi 'Arinī Kayfa Tuĥyī Al-Mawtá Qāla 'Awalam Tu'umin Qāla Balá Wa Lakin Liyaţma'inna Qalbī Qāla Fakhudh 'Arba`atan Mina Aţ-Ţayri Faşurhunna 'Ilayka Thumma Aj`al `Alá Kulli Jabalin Minhunna Juz'āan Thumma Ad`uhunna Ya'tīnaka Sa`yāan Wa A`lam 'Anna Allāha `Azīzun Ĥakīmun
2.260 E
2.260 Et quand Ibrahim (Abraham) dit: « Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts », Il dit: « Ne crois-tu pas encore ? »
Il dit -« Si ! ; mais que mon cœur soit rassuré. »
Il dit ; « Prends donc, quatre oiseaux, partitionne-les (et coupe-les) sur toi puis, sur des monts séparés, mets-en un fragment ensuite convoque-les: ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu'Allah est Puissant et sage. »
فَاشْرَبُوهُنَّ (Faşurhunna) : Racine ش ر ب (š-r-b), impératif avec suffixe féminin pluriel (هنّ), sens littéral :
- Rompre, diviser, dissocier.
- Employer pour diviser des objets ou faire des parties.
Dieu demande à Abraham de prendre 4 oiseaux, de les partitionner, de placer les partitions sur des monts, de les convoquer et les partitions viendront à lui.
Le mot Aţ-Ţayri traduit par "oiseaux" signifie : se déplaçer dans les airs au moyen de ses ailes ; voler
Les oiseaux sont au féminin : "hunna" en arabe est la marque du féminin
On retrouve l'idée de partitionner du verset 65.2 partitionnez-les ('Aw Fāriqūhunna) correspond à la séparation des projections déformées par le nafs
Cela figure le cycle de départition et de rassemblement des fragments équilibrés dans l'unicité du nafs. Chacune des “montagnes” pourrait représenter un plan d’existence, une mémoire, une nissa et chacune des partitions celles qui sont extraites des transgressives, quand Ibrāhīm les “convoque”, il active le référencement du nafs qui se recompose dans l’unicité et devient témoin de lui-même.
Le mot Tuqsiţū
- Tuqsiţū du 4.3 référence à la "mesure juste" en miroir à Bil-Qisţi ; par la mesure des anges au verset 3.18
Sourate Al-‘Imrân (3:18)
18 شَهِدَ ٱللَّهُ أَنَّهُۥ لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ وَٱلْمَلَٰٓئِكَةُ وَأُو۟لُوا۟ ٱلْعِلْمِ قَآئِمًۢا بِٱلْقِسْطِ ۚ لَآ إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ ٱلْعَزِيزُ ٱلْحَكِيمُ
Translittération :
18 Shahida Allāhu 'Annahu Lā 'Ilāha 'Illā Huwa Wa Al-Malā'ikatu Wa 'Ūlū Al-`Ilmi Qā'imāan Bil-Qisţi Lā 'Ilāha 'Illā Huwa Al-`Azīzu Al-Ĥakīmu
Traduction :
18 Allah témoigne, certes Il n'est pas une divinité excepté IL EST et les Anges et les possesseurs de la connaissance qui maintiennent par la mesure "Il n'y a pas de divinité excepté Il EST" Le Puissant, le Sage !
Allah témoigne, certes Il n'est pas une divinité excepté IL EST et les Anges et les possesseurs de la connaissance qui maintiennent par la mesure "Il n'y a pas de divinité excepté Il EST" Le Puissant, le Sage !"
Le mot tuqsiţū dans le verset 4:3 (« si vous craignez de ne pas être juste dans la mesure, alors… ») vient de la même racine que al-qisṭ / al-qisṭ dans 3:18, qui renvoie à la juste mesure, l’équilibre ou la mesure parfaite.
Dans 3:18, on a :
« Allah témoigne… et les anges et les possesseurs de la connaissance [qui maintiennent par la mesure] »
Ici, qā’imāan bil-qisṭ (qui maintiennent par la mesure) souligne que ces entités qui agissent pour maintenir l’équilibre de la réalité, en témoignage et en régulation du champ de la création sont des anges possesseurs de la connaissance
En miroir, dans 4:3 :
« Si vous craignez de ne pas être justes dans la mesure (tuqsiţū)… »
Tuqsiţū implique la capacité de maintenir cette juste mesure dans l'invisible, et ces agents de la juste mesure ne peuvent être que des entités calibrées par le référentiel divin, la juste mesure (qisṭ) est une constante universelle, assurée par des entités conscientes dans le plan céleste, elle est requise dans le plan humain mais elle ne peut se faire qu'à travers l'union avec 2 et 3 et 4 nissas pour ne pas déséquilibrer la balance humaine.
Le mot "Taʿdilū" (تَعْدِلُوا)
- le mot "Ta`dilū" (l'équilibre de la balance) du 4.3 en miroir avec "Dhaway `Adlin" deux possesseurs de l'équilibre/ la balance du verset 65.2 et en miroir du 16.90, Allah commande par l'équité, par l'équilibre.
Racine : ع د ل (ʿ-d-l)
Sens fondamental : établir la droiture, équilibrer, égaliser, rendre équitable, redresser une mesure faussée.
Dans le Coran, cette racine décrit l’acte d’équilibrer les forces, de restaurer la symétrie interne du champ.
Dans 4:3, le verbe taʿdilū (« être juste », « équilibrer ») renvoie à l’équilibrage des yatams par les nissas, c’est-à-dire des matrices du nafs.
« Si vous craignez de ne pas pouvoir équilibrer les forces (taʿdilū) des orphelins (yatamas), alors une seule (wahidah)... » demande un équilibre par les matrices 2 et 3 et 4 dans les yatamas. Les orphelins sont les entités non encore nommées ou identifées.
Sourate 65 AT-TALAQ / LE DIVORCE
Verset 65.2
2....وَأَشْهِدُوا۟ ذَوَىْ عَدْلٍۢ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا۟ ٱلشَّهَٰدَةَ لِلَّهِ ۚ....
2 ....Wa 'Ash/hidū Dhaway `Adlin Minkum Wa 'Aqīmū Ash-Shahādata Lillāhi ....
2 ....et faites témoigner (Wa 'Ash/hidū) deux possesseurs de la balance (Dhaway `Adlin) parmi les vôtres (Minkum) et établissez le témoignage (Wa 'Aqīmū Ash-Shahādata) pour Dieu (Lillāhi)......
Sourate 16 AN-NAHL / LES ABEILLES
Verset 16.90
90۞ إِنَّ ٱللَّهَ يَأْمُرُ بِٱلْعَدْلِ وَٱلْإِحْسَٰنِ وَإِيتَآئِ ذِى ٱلْقُرْبَىٰ وَيَنْهَىٰ عَنِ ٱلْفَحْشَآءِ وَٱلْمُنكَرِ وَٱلْبَغْىِ ۚ يَعِظُكُمْ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ
90 'Inna Allāha Ya'muru Bil-`Adli Wa Al-'Iĥsāni Wa 'Ītā'i Dhī Al-Qurbá Wa Yanhá `Ani Al-Faĥshā'i Wa Al-Munkari Wa Al-Baghyi Ya`ižukum La`allakum Tadhakkarūna
16. 90 Certes, Allah commande par l'équité (Bil-`Adli) et le meilleur et l'assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l'acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.
Sourate 6 Al-An‘ām
verset 6:150
Arabe :
وَمِمَّنۡ خَلَقۡنَا أُمَّةٌ يَهۡدُونَ بِٱلۡحَقِّ وَبِهِۦ يَعۡدِلُونَ
Wa mimman khalaqnā ummatun yahdūna bil-ḥaqqi wa bihi yaʿdilūn
« Et parmi ceux que Nous avons créés (wa mimman khalaqnā) une communauté (ummatun) qui guide (yahdūna) par la vérité (bi-ḥaqqi) et par elle (wa bihi) établit la justice (yaʿdilūn). »
Sourate 22 Al-Hajj / Le pèlerinage
Verset 22.6
6ذَٰلِكَ بِأَنَّ ٱللَّهَ هُوَ ٱلْحَقُّ وَأَنَّهُۥ يُحْىِ ٱلْمَوْتَىٰ وَأَنَّهُۥ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍۢ قَدِيرٌۭ
6 Dhālika Bi'anna Allāha Huwa Al-Ĥaqqu Wa 'Annahu Yuĥyī Al-Mawtá Wa 'Annahu `Alá Kulli Shay'in Qadīrun
6 Il en est ainsi parce qu'Allah est la vérité; et c'est Lui qui rend la vie aux morts; et c'est Lui qui est Omnipotent.
- Retrouvé dans dans le verset 65:2; Les mots "Dhaway ʿAdlin" (ذَوَى عَدْلٍ)
Forme grammaticale : duel de dhū (possesseur de) + ʿadl (équilibre, justice, droiture)
→ littéralement : « deux possesseurs de l’équilibre » ou « deux détenteurs de la balance ».
Le contexte :
وَأَشْهِدُوا۟ ذَوَىْ عَدْلٍۢ مِّنكُمْ
.Wa 'Ash/hidū Dhaway `Adlin
« Faites témoigner deux possesseurs de la balance parmi vous. »
Ici, il n’est pas dit rajulayn (deux hommes) mais dhaway ʿadlin ( deux possesseurs de la balance), ainsi le témoignage véritable ne peut provenir que de ceux qui détiennent la balance et l'équité. Ce verset établit le principe du double témoin de l'équité.
- Dans le verset 16.90
Le verset 16.90 rappelle que c'est Allah qui commande par équité et la balance. En d’autres termes : l’équité n’est pas une propriété humaine, elle est exclusivement divine, les termes "Ya’muru bil‑ʿadli ": « Il commande par l’équité » montrent que c'est une propriété par Son commandement.
Dans le verset verset 6:150 le mot yaʿdilūn montre que cette communauté exerce la justice “par la vérité”, ce n’est pas une justice autonome, mais justice qui dépend de l’orientation (al-ḥaqq).
- Dans le Verset 22.6
Le verset 22:6 rappelle que « Allāhu huwa al-ḥaqq » Allāh est la vérité et c'est Lui qui rend la vie aux morts
En définitive, le mot taʿdilū (4:3) ne se réfère pas à une capacité humaine, mais à un équilibrage qui dépend exclusivement d’Allah. La justesse et la balance ne peuvent être établies que dans le Référentiel divin.
Le verset 4:3 montre que les nissāʾ fonctionnent comme des axes de projection, des supports par lesquels le nafs peut tenter de reproduire la mesure juste. Les chiffres 2, 3 et 4 indiquent des plans ou axes de répartition de l’énergie et de la lumière, permettant au nafs de s’ajuster et d’atteindre la balance uniquement sur un référentiel divin, selon la mesure et la justesse qui n’appartiennent qu’à Allah. Ainsi, l’union avec les nissāʾ représente des tentatives d’équité divine des nafs à travers ces 2, 3 et 4 matrices d'alignement.
Les mots 2 et 3 et 4 (Mathná Wa Thulātha Wa Rubā`a)
Les mots 2 et 3 et 4 (Mathná Wa Thulātha Wa Rubā`a) références aux nissas dans le 4.3 en miroir avec le verset 35.1 "mathnā wa thulātha wa rubā" les 2 et 3 et 4 ailes des anges
Verset (35:1)
ٱلْحَمْدُ لِلَّهِ فَاطِرِ ٱلسَّمَاوَاتِ وَٱلْأَرْضِ جَاعِلِ ٱلْمَلَائِكَةِ رُسُلًا أُولِىٓ أَجْنِحَةٍۢ مَّثْنَىٰ وَثُلَـٰثَ وَرُبَـٰعَ ۚ يَزِيدُ فِى ٱلْخَلْقِ مَا يَشَآءُ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍۢ قَدِيرٌ
Translittération phonétique :
Al-ḥamdu li-llāhi fāṭiri s-samāwāti wa-l-arḍi jāʿili l-malāʾikati rusulan ulī ajniḥatin mathnā wa thulātha wa rubāʿ, yazīdu fī l-khalqi mā yashāʾ, inna llāha ʿalā kulli shayʾin qadīr.
Louange à Allah, Créateur des cieux et de la terre, qui a fait des Anges des messagers dotés de deux, trois ou quatre ailes. Il ajoute à la création ce qu'Il veut, car Allah est Omnipotent.
Dans le verset 35.1 on retrouve exactement la même formulation 2 et 3 et 4 (Mathná Wa Thulātha Wa Rubā`a) que dans le verset 4.3 avec le mot "wa" (et) précisément et non "aw" (ou) ce n'est pas un hasard, tandis que le verset 4.3 évoque la balance et l'équité le 35.1 évoque l'équilibre des ailes des anges, 4 témoins 4 repères, 4 balances.
Le verset 4:3 n’expose pas une législation matrimoniale mais un processus interne d’équilibrage du nafs à travers les nissāʾ, les matrices de projection issues du champ intérieur.
- le mot Tuqsiṭū : "établir la mesure juste" renvoie au verset 3:18, où al-qisṭ est maintenu par les anges et les détenteurs de la connaissance.
Cela signifie que Tuqsiṭū (4:3) ne désigne pas une mesure appartenant aux hommes, mais la capacité de résonner avec la mesure divine, d’aligner le champ intérieur sur la balance céleste. La mesure juste est donc projetée du plan angélique vers le plan humain.
- le mot Taʿdilū ; "restaurer la balance" renvoie au verset 65:2 (dhaway ʿadlin, « deux possesseurs de la balance ») et 16:90, où seul Allāh « commande par l’équité (bil-ʿadl) ».
L’équité ('adl) ne peut provenir que d’Allāh, car elle émane de Son amr (commandement), ya’muru bil-ʿadl (16:90), et non d’une volonté humaine.
Les versets 7:181 et 22:6 rappellent que la justice (ʿadl) véritable découle de la vérité absolue (ḥaqq) qui n’appartient qu’à Allāh.
et les expressions mathnā wa thulātha wa rubāʿ (« deux et trois et quatre ») du 4.3 renvoie aux ailes des anges dans le verset 35.1.
Chez les anges, ces “ailes” représentent des axes de transmission et d’équilibre du champ de lumière.
Dans le nafs, les “nissāʾ” du 4:3 représentent les axes internes par lesquels le nafs tente de refléter cette structure céleste.
Autrement dit, les nissāʾ fonctionnent comme les matrices refletant les 4 axes célestes, des interfaces entre le champ humain et la mesure divine dans le nafs.
Ainsi, tous les termes du verset 4:3, tuqsiṭū, taʿdilū, mathnā wa thulātha wa rubāʿ, renvoient à des référentiels célestes ou angéliques, les mesures de la réalité absolue qui ne peuvent être issues que du référentiel divin. Ils décrivent un processus par lequel l’âme humaine cherche à réaligner ses matrices de perception (nissāʾ) sur la mesure céleste. L’union n’est pas charnelle mais harmonique, orientée vers la restauration de l’équilibre du champ intérieur selon la mesure et la balance divines.
Conclusion :
Le Coran révèle que le témoignage (shahāda) n’est pas une opération humaine ni une observation sociale, mais un processus cosmique de calibration, enraciné dans l’Unicité (Aḥadan). Le nafs ne peut devenir témoin de lui-même que lorsque la structure de la vérité divine est déjà établie en lui ; autrement, son discernement reste soumis à la distorsion et à la subjectivité.
Les quatre témoins évoqués dans les versets 4:15, 24:4, 24:13 et 24:6 ne représentent donc pas quatre individus matériels, mais quatre repères célestes, issus du déploiement de l’Unicité dans le champ du nafs. Ils forment les quatre points cardinaux du Témoignage divin, les quatre directions de la lumière, permettant au nafs de s’auto-évaluer sans distorsion.
Ainsi, les quatre témoins constituent un quadrillage vibratoire de la Réalité divine :
Ils assurent l'équité (ʿadl), c’est-à-dire la balance intérieure ramenant le déséquilibre à la juste proportion ;
Ils assurent la mesure al-qisṭ (3:18) en rétablissant l’harmonie entre la lumière émise et la lumière reçue ;
Ils assurent la vérification du message perçu, par comparaison entre la projection du nafs et la vérité du Référentiel divin
Ces témoins ne proviennent pas du monde humain, mais de la sphère céleste et du champ de la connaissance divine, comme le rappelle 4:166 :
« Allāh témoigne de ce qu’Il a fait descendre vers toi… et les malāʾikah témoignent, et Allāh suffit comme témoin. »
Les malāʾikah et les messagers sont les porteurs de ce témoignage ; ils inscrivent dans le nafs les repères authentiques permettant de reconnaître la vérité du champ originel. Le témoignage devient alors une conscience rapprochée de la fréquence de la vérité divine.
Ainsi, les quatre témoins sont de nature céleste et non terrestre : ils sont les quatre faces de la Lumière divine qui encadrent, équilibrent et vérifient la conscience du nafs 4 observateurs polaires de la consicence humaine. Leur fonction est d’assurer que toute mesure, tout jugement, tout discernement se fonde sur la résonance avec la Vérité absolue, aucune subjectivité humaine ne pourrait être témoin!!! Sauf par le mensonge.
Ajouter un commentaire